5 millions de pas

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Chronique d'une randonnée appalachienne

Jour 171, Baxter State Park ME, 2179.1 mi.

September 1st, 2010

Ça y est, c’est fait. J’ai marché chaque pouce (le système métrique n’est toujours pas arrivé aux States…) de la piste Appalache et je suis maintenant officiellement un thru-hiker.

Mais revenons d’abord sur ce qui s’est passé depuis mon dernier post. J’ai quitté le camp par un matin grisâtre, vraiment pas l’idéal pour te donner le goût de recommencer à marcher. Surtout que j’avais à gravir les Saddlebacks cette journée-là, une des vues les plus spectaculaires du Maine. Mais par définition, une vue doit être visible pour être spectaculaire (ou pour être simplement une vue) et cette caractéristique manquait à l’appel. La marche a donc été fraîche, brumeuse et glissante sur les roches exposées du sommet. Seule consolation : j’ai vu mes deux premiers orignaux de la piste (ils laissaient des traces depuis quelques semaines déjà).

J’arrive au lean-to vers 16h pour apprendre qu’Ichabod et Coon Cat on décidé de continuer vers le lean-to suivant pour pouvoir arrêter en ville le lendemain. Après mûre réflexion (accélérée par un passage à la “privy”), j’ai décidé de marcher le 8 milles d’extra la journée même pour les rattraper. Mes bâtons de marche auraient apparemment préféré prendre ça plus relax puisque l’un d’eux a manifesté son désaccord en restant coincé dans une racine, me faisant trébucher dessus. En me relevant, je constate que le bâton est plié à 90 degrés. Ma tentative de le déplier échoue lamentablement : le bâton est carrément coupé en deux. Je devrai donc finir la piste avec une branche en guise de support sur le côté gauche.

Le soleil est de retour le lendemain et la météo est parfaite pour gravir le 2e plus haut sommet du Maine : le mont Sugarloaf. La marche est plutôt facile, on laisse nos sacs au bas de la side-trail pour monter. Du haut de la montagne, on peut voir ce que nous avons marché dans les derniers jours au Sud (Baldpates, Saddlebacks) et ce qui nous attend au Nord (Crockers, Bigelows). Et j’oubliais, on peut aussi voir de magnifiques tours radio et un chalet au bord de la décomposition. On se lance ensuite à l’assaut des Crockers, montagnes décevantes puisqu’elle demande un considérable effort mais n’offrent aucune vue digne de ce nom (souvenez-vous que le critère numéro un pour une bonne vue est d’être visible). On passera la nuit au rutilant Stratton Motel, qui comprend une section hostel très charmante et hiker friendly. Au menu : chips, Coke, pizza, beignes à la pourde (l’erreur de typo est délibérée) et marathon de “The Office”.

Le lendemain, c’est au tour des Bigelows d’accueillir nos pas. Une autre magnifique journée ensoleillée pour conquérir mon sommet préféré du Maine. La montée (comme toutes les autres) est plus ardue qu’à mon souvenir, mais rien n’est à notre épreuve. Chaque peak nous offre ses charmes et nous permet d’apprécier la prochaine montée. Au sommet de West Peak, je prend une photo au bout d’un escarpement rocheux pour faire freaker ma mère. Puis on arrive sur Avery Peak, d’où l’on peut admirer les montagnes entourées du Flagstaff Lake. En redescendant, on passe sans trop de célébrations la marque du 2 000 milles. Faut croire que les gros chiffres ne nous impressionnent plus autant qu’avant… Et finalement, on termine la journée avec Little Bigelow et sa vue des trois peaks que l’on vient de terminer. Étrangement, la vue est baignée d’une lumière semblable à celle d’un coucher de soleil, mais il n’est que 17h.

Les quelques journées suivantes nous offrent un peu de répit et nous montrent une autre facette du Maine. Beaucoup de plat et des lacs par dizaines. Certains d’entre eux ont même des petites plages de sable. On se croirait presque au Lac Churd. On a également droit à de la grande gastronomie Mainienne : Camp Harrison (à 0.2 mi. de Pierce Pond Lean-to) offre aux hikers le célèbre Lumberjack Breakfast. Il s’agit de, tenez-vous bien, 12 pancakes accompagnées de 3 saucisses, de jus et de lait. Pis c’est pas pour me vanter, mais c’était même pas difficile de finir l’assiette. Juste ce qu’il nous fallait pour se rendre à la Kennebec River où se trouve le non moins célèbre ferry, service de canot instauré il y a près de 25 ans après qu’un hiker se soit noyé en tentant de traverser la rivière à pieds. Le ferryman est un sympathique hillbilly avec quelques dents manquantes. Puis, c’est plus de lacs, de ruisseaux, de rivières et de petites montagnes jusqu’à Monson.

Monson est un endroit culte pour les hikers. C’est notre dernière vraie “hiker town” de la piste. Tout le monde doit s’y arrêter puisque c’est le seul endroit où l’on peut se ravitailler avant d’entrer dans le “100-mile wilderness”, une section de 100 milles qui n’est traversée par aucune route pavée et où il est pratiquement impossible de trouver de la nourriture. Nous y logeons donc au mythique Shaw’s, une auberge qui accueille les hikers depuis nombre d’années. J’y croise Blu Ray, un Québécois qui pourrait bien être le dernier Sobo à entamer la piste cet été (allez voir son blogue sur www.unelonguemarche.ca/colin). Une dernière tournée de bouffe de ville est de mise avant de se lancer dans le 100 milles sauvages…

…que nous entamons le lendemain sous un ciel nuageux. Le sentier est plutôt agréable et facile, le rythme est bon et les milles défilent sous nos pieds. On s’arrête à Little Wilson Falls pour admirer ces chutes anguleuses de 60 pieds ayant sculpté la falaise d’ardoise au fil des années. La traversée de Big Wilson Stream est plutôt ardue mais réussie. Celle de Long Pond Stream semble très facile, mais ma branche de marche choisit bien mal son moment pour céder sous mon poids. Je perds donc pieds et doit finir la journée avec des bottes détrempées.

Plus que quelques montagnes avant d’entamer les 60 milles de plat nous séparant du Katahdin. Les Barren sont magnifiques et challengeantes, avec leurs falaises et éboulements rocheux. Puis c’est le Whitecap, avec sa promesse d’une vue du Katahdin. Mais il semblerait que les montagnes ne tiennent pas toujours leurs promesses puisque la vue n’est pas visible, ce qui en fait donc une non-vue. Pire, il commence à pleuvoir vers 13h, pluie qui continuera de manière plutôt convaincante jusqu’à 10h le lendemain matin. Mais bon, c’est seulement ma 2e mauvaise journée de tout le Maine et j’ai vu deux autres orignaux sur le sentier. La vie pourrait être pire.

Le reste du chemin n’est que formalité. Du plat bord en bord, avec seulement quelques bosses, juste pour dire. On se paie même le luxe de loger une nuit au White House Landing. Pour s’y rendre, on doit marcher un mille sur le bord d’un lac jusqu’à un quai où l’on doit héler un lift à l’aide d’une corne de brume. Le proprio vient nous chercher en bateau pour nous amener sur l’autre rive où l’on peut se doucher et déguster un savoureux “one-pound burger”, auquel Ichabod et moi avons ajouté chacun une moitié de pizza. Pis c’est pas pour me vanter, mais c’était même pas difficile de finir l’assiette. On se permet ensuite une escapade en canot sur le lac pour profiter du coucher de soleil.

Les journées suivantes nous donnent quelques occasions d’enfin voir le Katahdin, mais chaque fois, le sommet de la montagne est pris dans les nuages. Pas grave, on aime mieux que les nuages soient là maintenant que dans 2-3 jours. Le dernier jour du 100 milles sauvages, on fait une toute petite journée de 11 milles. Coon Cat et Three Bears arrivent au lean-to vers 13h et décident de faire un aller-retour vers Abol Bridge pour acheter des hot-dogs et de la bière pour le soir, un petit détour de 7 milles. On s’est donc fait un party maison pour notre dernière soirée entre thru-hikers, puisque 3 hikers de notre groupe de 5 allaient rencontrer leur famille au Baxter State Park le lendemain.

Et quelle belle journée a-t-on eue le lendemain ! Ciel bleu, aucun nuage et première vraie vue complètement dégagée du Katahdin (c’était une vue visible, cette fois). Abol Bridge est reconnu comme ayant la vue “carte postale” de la montagne. Après un arrêt au célèbre dépanneur de Abol Bridge, on entre finalement au Baxter State Park. Le sentier suit la rivière Penobscot sur plusieurs milles, puis le Nesowadnehunk Stream. Je m’attarde longuement le long des diverses chutes et cascades pour profiter de ces derniers moments sur la piste. À mon arrivée au Katahdin Stream Campground, je dois aller m’enregistrer à la cabine du ranger. Je suis officiellement le thru-hiker numéro 222 (j’étais le 339 à Harpers Ferry). Je rejoins ensuite Ichabod et ses parents qui nous offrent le souper et la bière.

Dernier matin, réveil à 5h45. Je range mon sleeping bag et je déjeune aux Pop Tarts pour la dernière fois. Curieusement, je ne ressens pas d’énervement ou de stress. Ce n’est qu’une autre journée au bureau. L’ascension finale commence avec 2 milles dans le bois, puis l’escalade commence pour vrai. La piste est au-dessus du treeline pour plus de la moitié du chemin et les rochers nous obligent à utiliser nos mains autant que nos pieds. Mais la journée est magnifique et la vue en vaut la peine. Les montagnes environnantes, qui semblaient si imposantes au début de la montée, paraissent bientôt miniatures par rapport au Katahdin (le nom signifie justement “la plus grande montagne”). Puis tout d’un coup, le sentier arrête de monter et on se retrouve devant un mille de terrain plat : c’est le Tableland. Le sommet est en vue, l’exaltation est à son comble et on court pratiquement pour se rendre à la fameuse pancarte.

Le sentiment d’être à la toute fin de la piste est difficile à décrire. Fierté, accomplissement, complétude et, déjà, nostalgie et mélancolie. Toutefois, je n’arrive pas à m’enlever un sourire du visage. Mes compagnons thru-hikers arrivent un après l’autre au sommet, certains fondant en larmes, d’autres criant leur triomphe. On prend plaisir à faire plusieurs séances de photos, individuellement ou en groupe, question d’être certains de bien immortaliser le moment. Mais après 3h au sommet, il faut bien redescendre un jour, de la montagne et de mon nuage. Les adieux semblent irréels, on a l’impression qu’on se reverra tous demain matin, comme d’habitude. Difficile de croire que je ne passerai plus mes journées à marcher. Le jour du départ en Géorgie semble curieusement plus près que celui de la fin au Katahdin.

J’ai rejoint mon père à Millinocket, ma dernière “trail town”, où nous avons passé la nuit avant de revenir vers le Québec. À la frontière canadienne, le douanier est impressionné par mon voyage et en oublie presque de poser les questions d’usage. Ça fait bizarre de se retrouver dans un environnement où tout est en français. Ça prendra quelques jours avant de réaliser que ce chapitre de ma vie est réellement terminé et que je dois maintenant revenir à une vie normale. Mais je me donne quelques semaines avant de passer à autre chose. Beaucoup de bières et de 5@7 en perspective ! Je devrai faire attention si je veux conserver ma taille de guêpe et mes mollets d’acier…

Ceci conclut donc le récit de mes aventures appalachiennes. Ce fut un plaisir d’écrire pour vous et de lire vos commentaires à chaque semaine. Je vous remercie de vous être autant intéressés à ce que j’ai vécu pendant près de 6 mois. J’espère que j’en aurai inspiré certains à sortir prendre l’air plus souvent. Je me donne quelques jours de plus avant de revenir sur ce site faire mon bilan et vous donner une dernière occasion de perdre du temps au travail.

À bientôt,

The Crusher, redevenu Christian

Jour 156, Rangeley ME, 1959 mi.

August 15th, 2010

Des nouvelles de la piste, en direct de CKTA ! Et vous êtes choyés, vous aurez droit à des photos ET des accents aujourd’hui.

La dernière fois que je vous ai donné des nouvelles, j’entamais tout juste les White Mountains au New Hampshire. On nous a souvent dit que la météo changeait ultra-rapidement sur les sommets. Eh bien « On » avait raison ! La première journée a été plutôt grise et bruineuse. On aurait pu avoir quelques vues au sommet de Kinsman, on n’a plutôt vu que du blanc.

Toutefois, même si la météo n’était pas de notre côté, la chance nous souriait tout de même toujours. Dans les Whites, on peut camper dans les shelters normaux comme sur toute la piste, mais on peut aussi essayer d’offrir nos services dans les « Huts » pour être logés et nourris. D’habitude, les huts ne prennent que deux thru-hikers par soir et on nous conseille d’arriver vers 16h pour avoir plus de chances d’être les premiers et arriver avant le rush du souper. Disons que le début des Whites a été un peu plus difficile que nous avions prévu, nous sommes donc arrivés vers 18h45. On s’attendait à se faire arvirer d’bord, comme qu’on dit, mais on a été tout les trois (avec Ichabod et Pemmy) chaleureusement accueillis. Tout ce qu’on a eu à faire, c’est de compter des t-shirts et autres trucs pour l’inventaire. De la grosse job de bras pendant un bon 30 minutes. Et les trois morceaux de lasagnes auxquels j’ai eu droit étaient, ma foi, délicieux !

Le lendemain était une journée très attendue : on allait monter Franconia Ridge, une des parties les plus belles des Whites. La météo annonçait « heavy rain » pour toutes la journée… Pas le choix, on commence quand même à marcher. Le ciel est resté nuageux jusqu’au dîner (après une longue, rocheuse et difficile montée), mais surprise, ça commence à se dégager ! On s’est donc payé du soleil au-dessus du treeline pour tout l’après-midi, avec des vues exceptionnelles des monts Haystack, Lincoln et Lafayette. J’ai même pu parler en français à deux des nombreux Québécois qui viennent faire de la randonnée au New Hampshire (salutations à Rémi et Victor Gilbert, si ma mémoire est bonne).

On se lance ensuite à l’assaut des Présidentielles, qui offre pratiquement deux jours de marche au-dessus du treeline, avec au milieu le célèbre Mont Washington, « Home to the worst weather in America ». Ce fut l’inverse de la veille : gros soleil tout l’avant-midi jusqu’au dîner (délicieuse soupe à l’une des huts), et ennuagement tout d’un coup en après-midi. Ce qui signifie d’autres vues exceptionnelles sur Webster et Jackson, puis que du blanc et beaucoup de vent pour Einsenhower. C’est donc humides et frisonnants que nous sommes arrivés à Lakes of the Clouds, la hut juste avant le mont Washington. Comme il n’y a pratiquement pas d’autres endroits où l’on peut dormir dans les environs, ils prennent beaucoup plus de thru-hikers pour le work for stay. Une demi-heure de vaisselle pour un repas et un toit, c’est quand même un bon deal. Surtout quand il fait 35F dehors avec des vents de 65 mph (refroidissement éolien autour de 17F !).

Le lendemain, c’est le mont Washington ! On nous dit que le sommet est dans les nuages 250 jours par année et, comme de fait, on est toujours dans la brume et le vent en montant. On se réfugie donc dans la bâtisse au sommet pour se réchauffer. Une demi-heure après notre arrivée, le ciel se dégage tout d’un coup, et la vue est vraiment magnifique. Les sommets des Présidentielles s’imposent au nord : Clay, Jefferson, Adams et Madison, que nous allons survoler dans l’après-midi. La marche est donc plus qu’agréable et le sentiment de se retrouver sur la cime de ces mastodontes de pierres est exceptionnel. La descente du mont Madison est toutefois plutôt éprouvante et nous tentons de nous rapprocher de Pinkham Notch pour y passer la nuit dans un campement improvisé. Des orignaux se sont payé la traite toute la nuit autour de nos tentes en mangeant des branches et de l’écorce. Tout un vacarme !

Après les Présidentielles, les Whites sont pratiquement terminées. Ils ne nous reste plus qu’à traverser les monts Wildcat (oui, comme la marque de bière cheap), Carter (oui, comme la blonde de Johnny Cash) et Moriah (non, pas tout à fait comme la mine des nains de Lord of the Rings). On a toutefois perdu Pemmy en chemin. Elle a redescendu Wildcat en télésiège par qu’elle ne se sentait pas bien. On allait donc la rejoindre en ville le lendemain, à Gorham.

C’est au Top Notch Inn que nous l’avons retrouvée, toujours en piteux état. Elle avait été malade toute la nuit et se sentait toujours très faible. Elle s’est donc reposée toute la journée pendant qu’Ichabod et moi complétions notre routine de ville. On a même été rejoints par Fynious, un ancien compagnon hiker avec qui j’avais marché 2-3 semaines en Virginie. Comme Pemmy ne se sentait pas beaucoup mieux le lendemain et qu’il ne lui restait de toute façon qu’une semaine avant de quitter le sentier, elle a décidé de retourner chez elle tout de suite. Nous avons donc perdu une excellente compagnonne de marche…

But life goes on, et on retourne sur le sentier pour une dernière journée au New Hampshire. Et puis, incroyable mais vrai, c’est le Maine ! Étrange sentiment que de se retrouver au tout début du dernier état de la piste. Je me sentais chez moi, puisque je l’ai déjà presque tout marché. Il ne me manquait que les 10 premiers milles, mais quelle section ! Les Mahoosucs sont magnifiques. On marche sur les sommets rocheux en admirant les vues environnantes : ce qu’on a marché derrière et ce qu’il nous reste en avant.

Une fois arrivé au Old Speck, les souvenirs du camp me reviennent à la pelletée. J’ai même croisé un des groupes tout juste après Grafton Notch. Bizarre de voir un de mes anciens pionniers devenu animateur ! Et après, c’est la course vers le camp. Je veux faire des plus grosses journées pour ne pas avoir trop de milles à rattraper après ma journée de congé à CKTA. Je me suis donc tapé un 20 milles de montées et descentes très à pic, puis un 18 milles avant 14h le lendemain pour attraper mon lift vers le camp. Pour les initiés, ça veut dire que j’ai fait la piste junior en 3 jours !

Mais le marathon en valait la peine : je suis arrivé au camp à la cantine, comme il se doit. Le bain de foule est un peu accaparant au départ. Tout le monde a des dizaines de questions à poser en même temps et ça me prend 30 minutes pour finalement me rendre à ma chambre et prendre une douche. Ça fait toutefois du bien d’être ici, à l’endroit que je préfère le plus au monde.

Mais il faut bien repartir un jour, si je veux finir ! Je quitterai donc vers la piste demain matin pour un dernier 2-3 semaines vers le Katahdin. Ichabod et moi prévoyons terminer le 30 ou 31 août. Ça s’en vient tellement vite ! Je ne sais pas si j’aurai le temps de vous réécrire avant mon retour au Québec. Je vous redonnerai donc des nouvelles soit de Monson (juste avant les 100 milles sauvage) ou de Deauville, confortablement assis dans le salon chez mes parents.

À bientôt,

The Crusher

P.S. : Salutations à Spaz (www.unelonguemarche.ca), qui a terminé son aventure en Floride dernièrement pour cause de maladie de Lyme et d’épuisement général. Ça se comprend, après 13 mois dans le bois ! Bon retour chez toi, cher Spaz.

Jour 142, Lincoln NH, 1789 mi

August 2nd, 2010

Fini le Vermont ! Je suis maintenant au pied des Whites Mountains au New Hampshire. Le temps passe a un rythme fou, il me reste a peine un mois a passer en piste…

Le Vermont nous a encore une fois offert de tres belles vues. En sortant de Manchester Center, on monte le Mont Bromley, qui est aussi une montagne de ski. On se permet meme de monter sur une des pistes pour arriver au sommet. Le temps etait plutot maussade, mais ca donne une autre couleur aux montagnes. Ca fait changement des magnifiques verts et etincellants ciels bleus. On passe egalement pres du sommet d’une montagne ou les hikers semblent empiler des roches depuis plusieurs annees. Ca donne un paysage surrealiste de mini-statues. On dirait un village de gnomes, ou de quoi du genre. J’y ai ajoute ma touche personnelle avec les roches du bord. Puis le ciel se degage juste a temps pour nous offrir une magnifique vue sur les falaises… et pour se couvrir a nouveau et nous tomber dessus.

Le lendemain, on monte Killington, notre plus haut sommet du Vermont. La temperature semble encore incertaine, mais les nuages paraissent tenir le coup. La montee est longue et racineuse, et on se retrouve au sommet en plein coeur d’un nuage. Froid et sans vue, donc, mais le vent souffle fort et tasse parfois un ou deux nuages pour nous permettre de voir les pistes de ski un peu plus bas. Et T-Rex n’a pas peur du vent, il s’est donc sorti la tete pour vous saluer. La journee se termine au Inn at the Long Trail, une auberge magnifique avec beaucoup de cachet. On y trouve un authentique pub irlandais qui vous sert une vraie Guiness de la vraie facon : ca prend 15 minutes, mais au moins ils dessinent un trefle dans la mousse !

La piste finit enfin par se separer de la Long Trail. On verra donc un peu moins de monde d’ici aux Whites Mountains pactees de touristes. La fin du Vermont est peuplee de quelques sommet interressants, mais sans grandes possibilites de vues. Il faut donc grimper sur une plate-forme installee sur le toit d’une vieille cabine (avec une echelle plutot douteuse) pour profiter des montagnes environnantes. Quelques champs plus loin, on arrive a West Hartford ou j’ai mange le meilleur sandwich de toute ma vie (a part ceux de Galop), pis en plus, y etait en special !

Et on se dirige vers le New Hampshire ! La frontiere entre les deux etats se trouve sur un pont enjambant la Connecticut River. J’y prend ma traditionnelle photo “Je fais le l’attitude a l’etat precedent” avant de me diriger vers Hanover, la ville collegienne par excellence. On y trouve le College Dartmouth, qui fait partie de la celebre Ivy League americaine. On se sent un peu etranger, habilles avec notre linge (et notre odeur) de hikers… Les parents de Ichabod nous y rejoignent et on passe une relaxante soiree dans une chambre d’hotel immense (comparee a ma tente).

Le lendemain, j’attends mon pere et mes freres sur un banc de parc en mangeant une Ben&Jerry’s. Je vois trois hommes arriver, arborant des fausses barbes bien fournies : c’etait Daniel, Simon et Pepere qui tentaient de se meler a la foule de hikers. On a donc commence notre 4 jours de marche familiale le jeudi apres-midi. Un petit 10 milles, ca devrait pas etre trop dur ! On est arrives au shelter vers 19h30 apres plusieurs pauses pour que les gars reprennent leur souffle. Quant a moi, mon chandail etait a peine humide de sueur, meme s’il faisait environ 27C. C’est ben pour dire.

On repart le lendemain matin, les jambes rackees mais l’esprit leger. Encore quelques bonnes montees, avec de belles vues. On se permet meme une longue pause a la maison du Ice CreamMan, un habitant du coin qui offre des fudgesicle et de l’eau gratuitement aux hikers qui le visitent. Mais surtout, il nous fait jouer au croquet ! Victoire du paternel, suivi de pres par Simon et moi. Ca fait du bien de penser a autre chose que la piste pendant une heure. On remonte ensuite vers le sommet de Smarts Mtn ou nous passerons la nuit dans une cabine pour hikers. On y trouve aussi une firetower qui offre une vue panoramique des environs, belle recompense apres une bonne journee de marche. Les gars sont trop fatigues pour se lever et regarder le lever de soleil, par contre.

Et une autre belle journee ensoleillee le lendemain ! Et encore de magnifiques vues, du sommet de Mt. Cube, cette fois. On passe une derniere nuit en famille avant de redescendre vers la route qui ramenera Daniel, Simon et Pepere a leur voiture. Ce fut un tres agreable interlude a ma routine de hiker. Quelques journees plus relax (pour moi !) et de bonnes discussions en francais. Les gars ne se sont pas trop plaint… Et on a mange comme des rois, avec beaucoup de restants, au grand plaisir des autres hikers. Je soupconne certains d’avoir ralenti leur rythme pour profiter des brownies, carres au sucre et biscuits que nous avaient cuisine ma mere et ma grand-mere. Heureusement, Baltimore Jack, un legendaire hiker qui a fait la piste 8 fois, etait au hostel ou nous nous sommes separes et nous a cuisine des burgers et des hot-dogs. J’ai donc pu manger mes emotions et mettre un baume sur la douleur de la separation.

Mais il faut bien reprendre le sentier un jour ! Et quel sentier ! On commence immediatement les Whites en grimpant le tres a pic Mt. Moosilauke, un sommet de pres de 5 000 pieds. Il s’agit egalement de notre premiere montagne au-dessus du treeline, ce qui signifie des vues panoramiques sur plusieurs milles. La vue etait en effet phenomenale. On se sent vraiment haut, au-dessus de tout, excepte de Franconia Ridge qui domine le paysage au nord et que nous aurons a gravir dans quelques jours. Ca promet pour la semaine qui s’en vient !

Cote compagnons de marche, je suis toujours avec Ichabod depuis bientot un mois. Nous avons egalement ajoute a notre groupe Pemmy, une hikeuse qui avait commence la piste en 2008 mais qui avait du abandonne a cause d’une blessure a la cheville. Elle tente donc de la completer en quelques sections et elle devrait etre avec nous jusqu’a la moitie du Maine environ. Et pour repondre a la question de Jojo, les filles hikers n’ont pas vraiment de signe disctinctif comme la barbe masculine. J’imagine qu’on les reconnait donc a l’odeur…

Voila pour cette semaine ! Je vous reecrirai bientot, probablement du Maine, en direct de CKTA ou je passerai une journee de conge d’ici deux semaines. Preparez-vous a des vues epoustoufflantes des Monts Lafayette et Washington ! Et felicitations a Simon pour avoir gagne mes bas, meme s’il a du user de ruse pour y parvenir.

Veuillez agreer, chers lecteurs, l’expression de mes sentiments les plus distingues,

The Crusher

P.S. : Spaz est rendu en Floride ! Allez voir son blogue : unelonguemarche.ca.

Jour 132, Manchester Center VT, 1641 mi.

July 23rd, 2010

Ben la v’la, ma barbe ! J’espere que l’attente n’a pas ete trop penible. J’ai ajoute les photos des 3 derniers posts, et je vous ai meme ajoute une fraiche selection des 10 derniers jours au bas de celui-ci. Me voici donc a Manchester Center au Vermont. J’ai termine 2 autres etats depuis mon dernier article et le Vermont est a moitie fini. Les semaines passent incroyablement vite. Difficile de croire qu’il me reste a peine 2 etats et demi et 540 milles avant la fin de mon periple…

On a eu quelques averses durant les derniers jours, ce qui fait que les sources d’eau sont un peu plus frequentes et ont un meilleur flot. Le Connecticut a ete tres clement avec nous. Les journees sont plutot faciles, beaucoup de marche le long de rivieres, ce qui signifie du plat et de la baignade. On a aussi recommence a monter de “vraies” montagnes pour s’entrainer avant les Whites au New Hampshire. La Taconic Range, tout juste a la frontiere entre le Connecticut et le Massachusetts, a ete notre premier test d’endurance. 3 petits sommets plutot a pic avec quelques vues interessantes.

Les lacs deviennent egalement de plus en plus frequents. La plupart sont des petits “ponds” avec des barrages de castors, mais certains sont un peu plus gros et invitants pour se baigner. L’un d’entre eux a meme un shelter nomme Upper Goose Pond Cabin. C’est un genre de chalet avec des lits, un foyer et une gallerie pour veiller tard ! On peut se baigner dans l’eau cristalline du lac et aller faire du canot a la brunante. J’y ai egalement appris une nouvelle definition du mot “timing”. Quand j’ai enleve mon t-shirt pour aller me baigner, le caretaker a remarquer un spot rouge dans le bas de mon dos. Apres verification, nous avons conclu que c’etait une tique qui s’etait incrustee sous ma peau. Les tiques donnent la maladie de Lyme, et on n’aime pas la maladie de Lyme. Par contre, une des hikeuses qui etait a la cabine est infirmiere de profession. Elle a donc pu retirer la tique sans douleur et de facon sterile. Un autre hiker qui etait a la cabine est medecin de profession et m’a recommande une dose de doxycycline, un medicament qui previent la maladie de Lyme (souvenez-vous, c’est la maladie qu’on n’aime pas). Et une autre hikeuse qui se trouvait a la cabine est tri-athlete de profession (mais ca n’a aucun rapport avec mon histoire) et elle avait en sa possession ledit medicament. J’ai donc eu une consultation, une ablation de la tique et deux pilules pour contrer Lyme-la-maladie-qu’on-n’aime-pas grace a cette nouvelle definition du mot timing.

Quelques jours plus tard, apres un arret chez la Cookie Lady (qui donne des biscuits gratis aux hikers) et chez Tom Levardi (un resident de Dalton qui accueille les hikers chez lui gratis), on arrive au mont Grylock, le plus haut sommet du Massachusetts. Au sommet se trouve une tour surmontee d’un globe qui s’allume la nuit a la memoire des heros de la premiere guerre mondiale. Du sommet de la tour, on peut voir les Taconics du Connecticut et les Green Mountains du Vermont. On peut aussi acheter un snack a prix trop eleve a l’auberge du sommmmmmmmmmmmet.

Puis, c’est le Vermont, mieux connu sous le nom de Vermud. En effet, aussitot que l’on croise la pancarte a la frontiere, la piste devient soudainement bouetteuse meme s’il n’a pas plu depuis plusieurs jours. Il parait que c’est le traffic de hikers qui rend la piste boueuse. Et des hikers, il y en a ! On commence a croiser de plus en plus de Sobos (qui ont commence au Katahdin en juin), mais aussi des Long Trailers. L’Appalachian Trail et la Long Trail partagent effectivement le sentier sur environ 100 milles avant de se separer apres le mont Killington, l’une vers le Maine, l’autre vers le Canada. Il y a apparemment beaucoup de quebecois sur la Long Trail. Je n’ene ai pas encore rencontres, mais j’ai eu droit a un message personnalise (et en francais s’il-vous-plait) qui souhaitait bonne chance a “Christian (The Crusher) en route vers le Katahdin”. Disons qu’on se sent special, et un peu vedette.

Premiere bonne montee au Vermont : Glastenbury Mtn. Une firetower au sommet nous offre des vues magnifiques des montagnes environnantes. On n’est pas supposes camper au sommet, mais en tant que thru-hikers, on se permet parfois quelques ecarts de conduites. J’y ai donc passe la nuit en compagnie d’Ichabod et nous avons eu droit a un sublime coucher de soleil et un encore plus extraordinaire lever de soleil. Life is good… Et une autre firetower au sommet de Stratton Mtn le lendemain (mais sans le camping illegal).

Et em voici donc a Manchester Center. En arrivant a la route, j’ai sorti mon guidebook pour voir de quel cote on allait de voir faire du pouce pour se rendre en ville. Meme pas le temps de sortir ledit pouce, un pick-up s’arrete pour nous offrir un lift. On a donc fait notre tournee habituelle : bureau de poste, junk food, outfitters, plus de junk food, ravitaillement et hostel. Nous logeons a la Green Mountain House, une maison de hikers avec cuisine, salon, douche, lavage et navette vers la piste, le tout pour seulement 15$.

Alors voila pour les dernieres nouvelles. Ma prochaine chronique devrait mettre en vedettes de nouveaux visages : mon pere et mes 2 freres s’en viennent marcher 3-4 jours la semaine prochaine. Des grosses journees pour eux, des vacances pour moi ! Je vous reecrirai donc du New Hampshire, mon avant-dernier etat.

A bientot,

The Crusher

CONCOURS ! ! ! Le 12e commentaire sur ce post se meritera une authentique paire de bas de piste (non lavee) autographiee par The Crusher lui-meme. Participez en grand nombre !

Jour 121, Kent CT, 1456 mi.

July 12th, 2010

Fait chaud. Tres chaud. Tellement qu’on espere chaque jour qu’il va nous pleuvoir dessus.

Deja 2 autres etats de finis depuis mon dernier post. Le New Jersey a commence en beaute : temperature ideale, pas trop chaud et sec. Les roches de la Pennsylvanie s’etendent quelque peu au NJ, mais elles sont beaucoup plus tolerables. On a droit a beaucoup de belles vues lorsque l’on fait du “ridge walking” (on suit la crete rocheuse sur quelques milles). Les bleuets commencent aussi a sortir, ce qui permet des snacks perpetuels. J’ai meme eu l’occasion de visiter l’interieur d’une “fire tower” (elles sont generalement inhabitees), ces tours d’observation pour prevenir les feux de foret.

Un soir, on est alles camper a un ancien camp du YMCA au bord d’un petit lac. Ca fait bizarre parce que tous les batiments sont abandonnes, mais la cloture electrique autour du container a dechets fonctionne toujours pour eloigner les ours. On a aussi trouve un canot a bord duquel on pouvait ramer avec une planche de bois. Gros luxe !

Le New Jersey est suppose avoir un ours pour chaque mille carre; j’en ai un un seul, qui s’est sauve sur la piste en m’entendant arriver. Encore une fois, pas le temps de sortir ma camera avant qu’il disparaisse. Par contre, j’ai chantonne la toune de A&W pendant qu’il s’eloignait ! J’ai egalement croise un serpent au look plutot etrange : jaune et noir, avec la tete plate. Personne ne semble savoir de quoi il s’agit…

J’ai egalement eu droit a mon premier authentique 4th of July en sol americain. Nous nous sommes arretes dans le village de Unionville, NY, ou l’on pouvait loger a la Mayor’s House, un hostel situe dans la maison de l’ancien maire de la ville. BBQ, biere americaine et feux d’artifice etaient au rendez-vous. On s’est meme rendus dans la cour arriere d’un habitant du coin qui “competitionnait” contre son voisin pour les meilleurs feux d’artifice. Assez impressionnant, pour un show de cour arriere !

Le lendemain, on longe un marecage ou l’on peut observer toutes sortes de bibittes : grands herons, tortues et meme castors. Le NJ et l’etat de NY permettent aussi de s’arreter pratiquement chaque jour dans des marches ou depanneurs tout pres de la piste. Ca finit par couter cher et le poids de nos sacs descend un peu moins rapidement, mais la creme glacee est un must quand il fait pratiquement 100F dehors !

L’etat de NY a ete extremement chaud et sec. La plupart des sources d’eau etaient completement disparues. On s’est meme arretes a un endroit ou il etait suppose y avoir des chutes, mais on n’y a vu qu’un mince filet d’eau. Heureusement, plusieurs trail angels laissent des gallons d’eau aux intersections pour nous faciliter la vie. L’un d’eux nous a meme invites a sa maison pour la nuit, incluant biere, souper, douche, lavage et lit, tout ca sans nous demander un sou. Et nous etions 8-9 hikers !

La piste passe ensuite a travers 2 state parks (Harriman et Bear Mtn). Le sentier y est magnifique, on peu se baigner a une plage publique et la vegetation et la faune y sont abondantes. Il y a meme un zoo, directement sur la piste apres Bear Mtn, ou l’on peut voir plusieurs animaux locaux. On traverse ensuite l’impressionnant Bear Mtn Bridge au-dessus de la Hudson River, puis on loge dans un grand champ appartenant au monastere du coin.

J’ai egalement croise recemment le plus grand arbre de toute la piste Appalache : le Dover Oak. C’est un grand chene de plus de 350 ans avec un tronc d’une circonference de 20 pieds. Assez impressionnant. Puis on passe pres d’une station de train newyorkaise nommee “Appalachian Trail’, d’ou l’on peut se rendre directement a NYC durant les week-ends. Je passerai mon tour, par contre.

Et me voici donc au Connecticut pour une cinquantaine de milles avant de passer au Massachussets et de recommencer a monter des “vraies” montagnes. J’ai deja termine plus du 2/3 de la piste, le temps passe extremement rapidement. Ma barbe a deja 4 mois, et mon periple atteindra le meme age demain.

Ce sera donc tout pour aujourd’hui. Encore une fois, je suis desole pour le manque de photos. La bibliotheque de Kent ne nous permet d’utiliser l’internet que pour une demi-heure a la fois, et downloader des photos est un long processus, surtout que j’ai beaucoup de chemin a rattraper a ce niveau… Ca devra donc attendre a une prochaine fois.

Voici mes reponses aux questions de matante Jojo :

Un Sobo est un hiker qui marche du Maine vers la Georgie, ou Southbound. Je suis donc un Nobo (northbound).

Pour la description de ce qu’est la trail magic, tu peux aller voir mon petit lexique dans une autre section de mon blogue (http://5millionsdepas.com/petit-guide-de-la-piste-appalache/).

Mes nouveaux compagnons de route se nomment maintenant Ichabod, Jibitz et Marty McFly. Il y a egalement un groupe de hikers que je vois on/off : T-Funk, Rock n Roll, Cowgirl, Strider, Michigan et BooBoo. Pour ce qui est de Heads Up, il avait tendance a regarder ses pieds en marchant et se cognait souvent la tete. Ses amis hikers lui ont donc suggere de “Keep your head up”, d’ou son trail name. Et Hot Foot s’est fait une brulure a un pied il y a 3 mois.

J’espere que ca repond a toutes tes questions ! Je vous redonnerai des nouvelles aussitot que possible. En attendant, profitez bien de votre ete et des terrasses, et prenez une bonne biere froide a ma sante.

The Crusher

Jour 110, Delaware Water Gap PA, 1284 mi.

July 1st, 2010

So long, Marylaaaaaand (Sam Trep reconnaitra ici la reference a Leonard Cohen) et so long Pennsylvania !

Eh oui, deja 2 autres etats de termines. Je me trouve presentement a Delaware Water Gap, tout juste a la frontiere entre la Pennsylvanie et le New Jersey. Il fait beau et chaud, un temps ideal pour prendre une journee de conge. J’irai peut-etre descendre la riviere en trippe ou jouer au mini-putt, qui sait ?

Il s’en est passe des choses en 2 semaines ! Le Maryland a ete plutot pluvieux, mais c’est pas grave parce qu’il n’y a pas grand chose a voir, cote vues. Et la pluie force a marcher plus vite et plus longtemps, ce qui m’a permis de rattraper Hot Foot et Heads Up, mes deux nouveaux compagnons de marche. La piste passe pres d’un paquet de restants historiques de la Guerre Civile et de monuments patriotiques. J’ai egalement croise un tres mignon bebe raton laveur. Tellement cute !

Et apres 1 1/2 au Maryland, nous voila deja en Pennsylvanie ! Nous avons traverse la Mason-Dixon Line, qui divisait le Nord et le Sud durant la guerre. Adieu, donc, aux biscuits and gravy, grits et autres sweet tea, et bonjour aux delis et a la bonne biere ! Nous avons egalement croise un hiker sobo qui fait la piste avec son iguane Moe.

Puis est arrive le jour fatidique de la reelle mi-chemin. Et qui dit mi-chemin dit Half-Gallon Challenge ! Nous some donc arrives au Pine Grove Furnace State Park ou nous attendait la mere de Hot Foot. On achete notre 1,89L de creme glacee, on s’installe a une table et on mange ! Le depart se passe bien, mais plus on avance, plus on se sent pleins et plus on a froid. La limite de temps est generalement d’une heure. Je pensais reussir facilement a terminer ma creme glacee au chocolat bien avant ca, mais ca m’a finalement pris 42 minutes. Par contre, on a ete choyes de voir un autre hiker battre le record de vitesse (en 8 minutes 18 secondes) et se commander un sous-marin immediatement apres.

Le lendemain, direction Boiling Springs, ou nous avions hate de loger au Allenberry Inn & Playhouse. L’endroit est apparemment repute pour ses pieces de theatre et les touristes paient le gros prix pour y rester. Mais le proprio aime les hikers et on peut profiter d’une chambre, de la piscine, table de pool, baby foot, air hockey et DVDs pour seulement 40$ par chambre. Et le lendemain, on marche sur ce qui est probablement les 15 milles les plus plats de toute la piste, longeant routes et champs de mais.

Prochain arret : Duncannon, ville situee au bord de la riviere Susquehanna, la plus longue riviere que la piste traverse. La ville est habituee aux hikers et Le Doyle est un endroit tres populaire pour dormir, ou du moins boire quelques bieres. Ils ont meme une pancarte Molson et vendent de la Labatt Blue ! J’ai pu appeler ma compagnie de bottes etde semelles pour essayer de les faire remplacer gratuitement. Je m’etais prepare plein de bons arguments, mais je n’ai meme pas eu a essayer de les convaincre. Ils m’envoient du nouveau stock sans poser de questions !

Le reste de la Pennsylvanie s’est plutot bien passe. Quelques belles vues au Pinnacle et a Pulpit Rocks, des shelters ou on peut se faire livrer de la pizza, des serpents a sonnette et beaucoup de trail magic. On a meme rencontre 2 filles du coin au sommet des Bear Rocks. Elles avaient decide d’y grimper pour allumer des feux d’artifice sur la montagne. Elle avaient plein de questions a poser sur la piste et les thru-hikers et nous les avons eduquees a propos de la trail magic. 2 jours plus tard, on apercoit un cooler sur la piste, avec une mention : “This trail magic is inspired by Hot Foot, Pistol & The Crusher”. Faut croire que nos enseignements ont fonctionne ! On a donc eu droit a un souper hot dogs au shelter.

Alors voila ! Ceux qui vous diront que la Pennsylvanie est rocheuse ne vous mentent pas : des roches, on en a vues ! C’est tres difficile pour les pieds et pour les bottes, c’est plat et le temps peut parfois paraitre long, mais ca permet de focuser sur autre chose que les vues. Et on est d’autant plus heureux quand vient le temps de prendre une journee de conge avant de changer d’etat !

Continuez de m’envoyer vos commentaires et de me donner des nouvelles, j’adore toujours ca. De mon cote, j’essaierai de vous reecrire du New Jersey ou de New York, peut-etre avec de nouvelles photos, esperons-le (les ordis de sous-sol d’eglise ne sont malheureusement pas tres bien equipes pour ca…).

Bonne fete du Canada !

The Crusher

P.S. : J’ai un nouveau PEZ dispenser. Vous m’en donnerez des nouvelles !

Jour 94, Harper’s Ferry WV, 1014 mi.

June 15th, 2010

Parc national Shenandoah : check. Virginie : check. 1 000 milles marches : check. Photo officielle de thru-hiker : check.

Me voila donc a Harper’s Ferry, la mi-chemin psychologique de la piste Appalache. C’est ici que se trouve le siege social de l’Appalachian Trail Conservancy (ATC). En arrivant, ils prennent ta photo devant le batiment et la mettent dans le hiker book de l’annee. Je suis officiellement le thru-hiker #329 pour l’annee 2010 ! Quel magnifique chiffre…

Harper’s Ferry est un lieu historique pour les americains. La ville se trouve au confluent de deux grandes rivieres : la Shenandoah et le Potomac. Un paquet de choses importantes se sont passees ici. La plus celebre (et ca ne vous dira rien en tant que non-americains) est le raid de John Brown, un abolitionniste du Kansas qui a tente de prendre l’arsenal federal en 1859 (oui oui). Ce fut apparemment un prelude important a la Guerre Civile americaine. Harper’s Ferry a egalement vu l’arrivee du premier train sur le premier chemin de fer americain, la premiere ecole pour esclaves liberes et le premier mouvement organise pour les droits civils.

Le centre historique de la ville ressemble un peu au Vieux-Quebec cote architecture, mais se situe principalement sur une seule section de rue. Tout a une saveur historique ici : on peut voir partout des panneaux explicatifs relatant des evenements marquants de l’histoire americaine, et a peu pres chaque commerce vend des cartes postales avec des faces de vieux monsieurs barbus importants.

Mais assez parle de Harper’s Ferry, ceci n’est quand meme pas un blogue touristique ! J’ai vecu dans les 10 derniers jours les journees les plus chaudes, humides et suantes de toute la piste. 5 litres d’eau par jour sont a peine suffisants pour compenser ce qui se ramasse dans mon t-shirt (je pourrais pratiquement remplir ma gourde seulement en essorrant mon chandail). On est donc tres reconnaissants quand une averse se decide a tomber puisque, de toute facon, on est deja trempes.

La derniere fois que je vous ai ecrit, je m’appretais a marcher dans les Shenandoahs, un parc national reconnu pour son abondance de vie sauvage, particulierement les chevreuils et les ours. J’ai du voir une bonne quizaine de chevreuils (ils n’ont pas du tout peur des humains; il faut pratiquement les tasser du sentier quand on les rencontre), mais un seul ours, grignotant tranquillement au loin (trop loin pour pouvoir prendre une photo). Ajoutez a cela 3 dindons sauvages, 2 serpents noirs (innoffensifs), 2 lapins et quelques faucons.

Le sentier longe la Skyline Drive sur pres de 100 mi. et on doit traverser la route 28 fois. L’avantage, c’est que plusieurs “waysides” (genres de casse-croute/truck stop) se trouvent sur cette route et qu’on peut y savourer des cheeseburgers et le celebre blackberry milkshake. Ca coute cher, ca cree la dependance, mais ca satisfait les hikers affames !

Le sentier est plutot facile, les montees sont graduelles et plutot courtes, et les vues sont magnifiques. Par contre, on a l’impression de toujours avoir les vues du meme cote, ce qui fait qu’on voit la vallee de la Shenandoah sous tous les angles possibles. Les shelters sont tres ages (la plupart ont ete construits en 1939-1940), mais bien entretenus, et on doit accrocher nos sacs de bouffe sur des “bear poles”.

Aussitot sorti des Shenandoahs, je croise un chevreuil qui se sauve aussitot. A peine 0.5 mi. de la frontiere du parc, et on est de retour aux bonnes vieilles habitudes. Les shelters sont plutot luxueux, par contre. On a droit a des patios, des bancs, meme un douche solaire. L’un des shelters a la forme d’un dome geodesique (aucune idee de ce que ca veut dire, par contre). Ca fait changement de l’habituel 3 murs.

La piste passe ensuite dans l’infame “rollercoaster”, une serie de 10 monte-descend en 13.5 milles. L’AT n’a qu’un etroit corridor dans lequel passer et n’a donc d’autre choix que de faire les montagnes russes sur ces collines. Ca n’a pas l’air trop difficile sur les cartes, mais quand il fait 35C, c’est plutot epuisant. Heureusement qu’il y a un hostel a mi-chemin (Bears Den) ou l’on peut manger une Ben&Jerry’s et prendre une douche.

Voila pour cette semaine ! Je retourne sur la piste aujourd’hui pour decouvrir le Maryland, puis ce sera la Pennsylvanie dans 2-3 jours. La mi-chemin officielle approche egalement a grand pas, et avec elle le fameux Half-Gallon Challenge, ou je devrai manger a moi seul 2 litres de creme glacee.

A bientot,

The Crusher

P.S. : Immense merci a Viviane Boileau (Pixie), une ancienne thru-hiker et Tekakwithienne, qui m’a envoye un paquet de bonne bouffe a saveur quebecoise a Harper’s Ferry.

P.P.S. : Desole pour le manque de photos, l’ordinateur duquel je vous ecris n’est pas equipe pour ca…

Jour 83, Waynesboro VA, 853 mi.

June 4th, 2010

Ca y est, j’ai vu mon premier ours ! Ou devrais-je dire mes premiers ours : une maman et deux oursons. J’ouvrais la marche ce matin-la, et en arrivant dans un tournant, je vois un ours partir precipitemment en m’entendant arriver. Je m’arrete evidemment aussitot pour assimiler ce qui vient de se passer et je vois deux petits ourson s’amener sur la piste. Meme scenario : ils s’enfuient en me voyant et grimpent dans un arbre. Comme je n’avais pas trop envie de traverser la piste sans savoir ou se trouvait la mere, je recule de quelques metres et j’attends que d’autres hikers me rattrapent.

On a attendu une quinzaine de minutes que les oursons descendent rejoindre leur mere, mais comme ils ne semblaient pas vouloir bouger, on s’est lances a petits pas sur le sentier en file indienne, essayant de ne pas alarmer la maman (apres avoir laisse un message sur la piste pour avertir les prochains hikers). Faut croire qu’on avait pas assez peur pour s’empecher de prendre des photos, par contre. J’ai reussi a en prendre quelques-unes (de qualite moyenne, zoom numerique et hauteur impressionnante des oursons obligent), mais on peut clairement y voir a quel point les oursons sont mignons !

Comme si cette rencontre n’avait pas sature ma dose mensuelle de danger, j’ai aussi eu droit a mon premier serpent a sonnettes (je sens que Flo appreciera la photo…). Je prenais mon break de lunch sur de magnifiques falaises il y a trois jours. Un hiker parlait au telephone quelques metres plus loin, et on l’entend s’ecrier : “Holy shit, there’s a rattle snake right there ! I’m gonna call you back.” On se precipite donc pour voir la bete, qui ne semblait pas trop nerveuse devant la foule. Plutot photogenique, meme.

Et j’aurais apparemment vu un autre serpent ultra-venimeux ce matin (copperhead). Comme je n’ai aucun talent pour identifier les serpents, je ne l’avais pas cru dangereux a prime abord. J’ai meme failli marcher dessus, puisque je l’ai vu a la derniere seconde. C’est en montrant la photo a d’autres hikers que j’ai appris qu’il etait venimeux. Oh well…

Mais la variete et l’abondance de vie sauvage font partie des raisons qui font que j’adore la Virginie. L’apres-Trail-et-Hardcore-Days s’est plutot bien passe. Il m’a ete assez facile de retrouver mon beat de piste. JE suis reparti de Pearisburg avec Power Nap et nous avons retrouve Sweet Tea et Pyro au shelter le premier soir. Aucun rattrapage a faire, donc. On etait bien contents de le retrouver si rapidement.

Le jour suivant, la piste passe pres de la maison d’un homme qui s’appelle “The Captain”. Il invite les hikers chez lui pour un Coke ou un Sprite, meme s’il n’est pas chez lui (il a un mini-frigidaire sur sa gallerie). Seul obstacle : on doit traverser le ruisseau via une “zipline”, un espece de banc rudimentaire qui se rend de l’autre cote a l’aide de cordes et de poulies. La plupart des hikers s’y mouillent un peu les pieds, mais le rafraichissement en vaut la peine !

Quelques jours plus tard, on passe aussi devant le 2e plus gros chene de toute la piste (le plus gros se trouve dans l’etat de New York). Son age est estime a environ 300 ans, et mon sac a dos semble minuscule, accote sur le tronc.

La trail magic commence a se faire de plus en plus frequente, apres une periode plutot tranquille. A mi-chemin d’une longue montee, il arrive que l’on croise des coolers remplis de boissons gazeuses et de mini-barres de chocolat. L’un de ces coolers nous indiquait meme que Super Dave, un ancien thru-hiker, allait cuisiner des cheeseburgers pour les hikers a une route 2 jours plus tard. C’est donc tentant de reajuster notre itineraire pour y etre !

La piste traverse ensuite trois sites tres populaires en Virginie. Le premier s’appelle Dragon’s Tooth. C’est une immense roche aceree qui semble sortir de nulle part. On peut y grimper pour avoir de magnifiques vues a pratiquement 360 degres. J’y ai egalement campe avec quelques compagnons hikers et nous nous trouvions au dessus des nuages le lendemain matin.

On traverse ensuite la vallee pour remonter vers McAffee Knob, l’un des endroits les plus photographies de la piste. C’est un autre escarpement rocheux qui s’avance au-dessus du vide. La photo classique veut que l’on s’avance le plus possible sur le rocher pour faire peur a nos meres. On peut apparemment y avoir les plus belles vues en Virginie, mais les nuages et le brouillard nous ont empeche de le confirmer.

Plus tard dans la meme journee, on a droit aux Tinker Cliffs. La piste longe ces falaises sur pres d’un demi-mille, offrant encore une fois des vues magnifiques sur la vallee en contrebas. Et nous avons ete chanceux puisque le ciel s’etait eclairci durant la journee, nous permettant de profiter pleinement de ces vues (et oui, JiPy, de profiter pleinement du plein air).

Entre Dragon’s Tooth et McAffee Knob, on passe par le village de Catawba. Normalement, on ne penserait meme pas s’y arreter tellement c’est petit et au milieu de nulle part. Pourtant, l’endroit est bourre de hikers. C’est qu’on y trouve “The Home Place”, un restaurant All You Can Eat ultra-repute sur la piste. L’endroit n’est ouvert que du jeudi au dimanche et la plupart des hikers modifient leur rythme pour etre certains d’y arriver la bonne journee. On s’y sent etrangement intrus, par contre, parce que la plupart des non-hikers y viennent pares de leurs habits du dimanche, alors que nous y entrons en short et t-shirt sales et odorants. La bouffe y est excellente (poulet frit, roast beef, haricots verts, cole slaw, patates pilees…) et abondante. J’ai du boire un gallon de limonade a moi seul. J’y ai meme croise Spaz le Quebecois (http://www.unelonguemarche.ca) qui se payait un dayhike pour feter ses 30 ans.

Je l’ai recroise une autre fois quelques jours plus tard a Daleville. Spaz y a pris un mois de conge pour travailler et faire un peu d’argent pour pouvoir continuer sa marche jusqu’a Key West (il est presentement en Alabama). Il a meme pu m’accueillir gratuitement a son hotel et son boss nous a paye le souper au mexicain !

Et je remonte dans les montagnes ! La piste longe le Blue Ridge Parkway sur pres de 100 milles. Il s’agit d’une route qui sillonne les montagnes, offrant des points de vues a pratiquement tous les tournants. C’est interessant au debut, mais on se tanne vite d’entendre le bruit des voitures. L’avantage, c’est qu’on peut se debarrasser de nos dechets presque chaque jour. On a malheureusement perdu Power Nap et Sweet Tea en chemin… Ils ont decide de ralentir la cadence pour je ne sais trop quelle raison. J’ai donc marche avec Pyro, Squash, Abel et Gouda durant les derniers jours.

Nous avons d’ailleurs celebre l’anniversaire de Pyro en grand l’autre soir ! Nous etions tout juste en dehors de la (appelons-la bucolique) ville de Glasgow. On y trouve d’ailleurs un dinosaure digne du Madrid sur la 20. Nous avons achete du boeuf hache et des pains pour faire des burgers au shelter. Pyro a meme eu droit a un gateau au 7up ! C’etait la premiere fois que je voyais ca…

Cote meteo, il fait generalement plutot beau depuis mon dernier post. Le ciel est souvent menacant, mais on semble avoir un bon karma puisque la pluie passe generalement tout droit sans nous tomber dessus. Je suis quand meme toujours trempe parce que les journees souvent tres chaudes et humides et je sue comme un porc…

Je me trouve donc presentement a Waynesboro, une ville ultra-accueillante pour les hikers avec des douches gratuites au YMCA et un hostel gratuit (et plein de bouffe !) dans un sous-sol d’eglise. J’y prend une journee de conge bien mertiee avant de me lancer dans les Shenandoah, un parc national tres populaire en Virginie. On peut apparemment y voir beaucoup de vie sauvage puisque les animaux sont habitues aux marcheurs.

Sur une note un peu plus triste, j’ai le regret de vous annoncer la mort subite de Goochie, notre mascotte favorite. Il s’est suicide du haut de McAffee Knob alors que je tentais de le prendre en photos. JE ne sais pas ce qui a cause son desespoir. Peut-etre que je ne le nourrissait pas assez souvent de PEZ, peut-etre qu’il se sentait inutile depuis le demantelement de la Gooch Crew… Je ne sais trop. Mais Obi-Wan Kenobi et Hello Kitty assureront l’interim, le temps que je trouve un remplacant digne de Goochie. Vous pouvez faire un don a la Fondation Goochie pour le bien-etre des machines a PEZ.

C’est donc tout pour aujourd’hui. J’essaierai de vous reecrire une fois sorti des Shenandoah. Je serai presque rendu a la moitie de mon periple ! La Virginie acheve et les etats s’enchaineront plus rapidement dans les prochaines semaines.

A bientot,

The Crusher

P.S. : Bonne toute premiere fete a ma niece preferee Emma, et bonne fete en avance a sa maman Josiane. Je pense beaucoup a vous et j’ai hate de vous revoir… en septembre.

Jour 67, Pearisburg VA, 626 mi.

May 18th, 2010

Deux articles en trois jours, vous etes pas mal chanceux !

Me revoila a Pearisburg, ou je passe la nuit avant de retourner sur la piste. Ca fait deja une semaine que je n’ai pas marche dans le bois. J’espere que mes jambes n’auront pas trop ramolli !

Les Trail Days sont maintenant termines et j’y ai eu enormement de plaisir. Pendant 3-4 jours, toute la ville ne vit que pour les hikers. On a droit a de la bouffe gratuite un peu partout, des echantillons de toutes sortes de nouvelles gugusses pour hikers, des reparations d’equipement gratuites, des douches portables, meme des examens medicaux gratuits pour s’assurer que notre corps supporte bien la piste.

Tous les festivaliers campent dans ce qu’on appelle “Tent City”. C’est un site amenage dans le bois, un peu a l’exterieur de la ville, et ou les hikers peuvent installer leurs tentes ou hamacs. L’ambiance y est evidemment a la fete, on peut se rassembler autour d’un paquets de petits feux locaux ou encore au gros feu principal ou se dechainent percussionnistes et danseurs amateurs.

Le climax de l’evenement est la parade des hikers, le samedi apres-midi. Tous les marcheurs de cette annee et des annees precedentes se rassemblent pour defiler sur la rue principale de Damascus. Les residents locaux s’amusent a nous mouiller avec de fusil a l’eau et des ballounes d’eau. Et surprise : nous avons croise un hikers qui marchait dans la parade dans le sens contraire de la foule. C’etait Spaz, l’autre quebecois, avec sa pancarte “Sobo” ! (D’ailleurs, Spaz est en train de developper un portail Web de plein air. On peut y trouver une foule de renseignements utiles sur la randonnee, la piste Appalache et l’equipement. On y trouve egalement les blogues de plusieurs autres quebecois qui font des randonnes semblables a la mienne. Allez voir www.unelonguemarche.ca.)

Dimanche matin, j’ai quitte Damascus avec Power Nap, Red Lobster et une centaine d’autre hikers pour participer aux Hard Core Days, qui en etaient a leur 10e edition. En deux jours, nous avons relocalise pres de 4000 pieds de sentier sur les Pond Flats et Roan Mtn. J’ai meme pu peinturer ma propre “white blaze” ! C’est tres impressionnant de voir la rapidite avec laquelle plus de 100 benevoles peuvent creer un sentier a parti de rien. Ca me fera definitivement voir la piste d’un autre oeil, et apprecier davantage le travail de tous ces hiking clubs qui entretiennent la piste.

Me revoila donc a Pearisburg, pret a repartir dans le bois pour encore quelques mois. Prochains objectifs : Dragon’s Tooth et McAfee Knob, deux formation rocheuses apparemment tres impressionnantes; Catawba ou se trouve The Home Place, un All You Can Eat tres repute sur la piste; Daleville, ou m’attend mon sleeping bag d’ete et ou je renverrai certains vetements a la maison pour alleger mon sac.

Avant de terminer, voici mes reponses aux multiples questions de matante Jojo. La Gooch Crew est maintenant chose du passe. Deux de nos membres sont retournes a la maison pour une semaine et ma participation aux Hard Core Days m’a separe des quelques-uns de mes amis hikers. Ne restent que Power Nap et moi, et Red Lobster quelques jours derriere. Il m’arrive beaucoup d’aventures et j’essaie de toutes les raconter sur le blogue. Mais certaines ne sont pas destinees au grand public… Je les garderai pour mon retour ! Les gens dans les villages sont generalement tres accueillants et devoues aux hikers. Il est souvent facile de trouver un lift pour se rendre en ville, et de trouver de l’aide quand nous en avons besoin. Ce qui me manque le plus cote bouffe est tout ce qui est gras et mauvais pour la sante ! Et bien sur, je vais me bourrer la face de poutine aussitot revenu au Quebec. Et non, je n’ai toujours pas vecu de romance appalachienne. Mais ca ne saurait tarder, avec cette barbe plus que sexy (quoique tous les hikers ont pas mal la meme barbe…).

Alors voila, je vous laisse sur ces sages paroles. J’essaierai de vous reecrire de Daleville la semaine prochaine, ou Glasgow ou Waynesboro la semaine suivante. Mais pour l’instant, de retour a machambre de motel pour (esperons-le) celebrer une victoire des Canadiens.

A bientot,

The Crusher

P.S. : J’ai ete un peu negligeant pour les photos… J’ai prefere laisse mon appareil photo dans ma tente ou mon sac a dos a cause de la pluie durant les Trail Days et les Hard Core Days.

Jour 64, Damascus VA (prise 2), 626 mi.

May 15th, 2010

J’adore la Virginie ! L’herbe y est si verte, les shelters si luxueux, la vie sauvage si abondante, les arbres en fleurs (rhododendrons, azaleas, lady slippers)… et il y a des becosses (Le Tennessee etait tres avare pour cet aspect) !

2 ou 3 jours seulement apres Damascus, nous sommes entres dans le magnifique parc national des Grayson Higlands. La piste ne le traverse que sur 3 milles, mais quels paysages ! Nous marchons sur les sommets herbeux et rocheux et les montagnes environnantes s’elevent tout autour. On a meme droit a des hordes de poneys sauvages, introduits dans le parc pour “tondre le gazon”. Ils sont apparemment habitues de voir du monde. Ils viennent parfois meme directement aux shelters pour queter de la nourriture.

Quelques jours plus tard, non loin de Troutdale, nous avons eu droit a du hitch hiking de luxe. Nous etions une dizaine de hikers sur le bord de la route a tenter de trouver un lift pour aller diner en ville. Ca ne fait meme pas 2 minutes que nous avons le pouce sorti : un autobus s’arrete pour nous prendre tous en meme temps ! Appelez ca du timing, du karma ou de la trail magic…

Ville suivante : Atkins. Nous y avons loge au Happy Hiker Hollow, un des meilleurs hostels de la piste. Il est tenu par un couple d’anciens thru-hikers, qui savent donc exactement ce qui rend les hikers heureux. Ils fournissent des vetements propres (et en coton !) pendant qu’ils font notre lavage. J’ai donc fait mon epicerie en portant des pantalons de velours noirs ! On est egalement nourris comme des rois et, cerise sur le sundae, on peut regarder les Canadiens battre les Penguins !

La piste traverse ensuite differentes cretes et sommets. L’un d’entre eux nous permet de voir une immense vallee entouree de montagne. C’est un phenomene geologique inexplique, probablement une comete, etant donne la forme de cratere caracteristique. Les locaux l’appellent “God’s Thumbprint”. Nous avons meme eu droit a un festin de trail magic en redescendant. Deux section hikers viennent a cet endroit une fois par annee pour offrir hot dogs, salades, chips, sodas, legumes, fruits et gateaux aux hikers affames. Encore une fois : quel timing !

J’ai donc fait mon chemin jusqu’a Pearisburg (la ville marque d’ailleurs mon 1000e km !) pour attraper un lift avec Fly Catcher vers les Trail Days, a Damascus (d’ou je vous ecrit d’ailleurs). J’y suis depuis jeudi AM et les celebrations durent jusqu’a demain matin. Parade de hikers, talent show (que je compte gagner grace a ma flute a nez), representants des compagnies de plein air, BBQ en plein air… tout pour rendre un hiker heureux. C’est egalement l’occasion de revoir plein d’amis rencontres sur la piste. Je suis suppose voir Spaz aujourd’hui.

Puis demain et lundi, je participerai aux Hardcore Days avec une centaine de hikers. Il s’agit de 2 jours de “trail maintenance”. L’occasion, donc, de redonner quelque chose a la piste et aux benevoles qui nous permettent de vivre cette magnifique experience.

Voila donc pour les 2 dernieres semaines. Je vous reecrirai bientot et j’essaierai de mettre des photos sur le blogue !

The Crusher

P.S. : Ca sent la Coupe !