5 millions de pas

|

Chronique d'une randonnée appalachienne

Archive for February, 2010

Jour 0, Montréal QC, 0 mi.

Sunday, February 28th, 2010

Un mille à pieds, ça use les souliers.

2 179 milles à pieds, ça use trois paires de souliers, les genoux, la patience et la volonté.

Après plusieurs mois de préparation, l’heure H du jour J du mois M sera bientôt arrivée. J’avais besoin d’un peu d’air, j’ai donc décidé de sortir prendre une marche. Une petite marche sur la piste Appalache, qui s’étend sur 3 500 km et 14 états américains, from Georgia to Maine. Une affaire de 5 ou 6 mois à peine. (Note à moi-même : ne pas oublier de passer chercher une pinte de lait en revenant.)

C’est la tête remplie de sentiments contradictoires que j’entreprends ma randonnée. De la hâte, définitivement. Ça fait plusieurs années que j’en rêve plus ou moins sérieusement, et ça fait quelques mois que je lis sur le sujet, que j’analyse l’équipement à emmener et que je choisis soigneusement un itinéraire (que je ne respecterai probablement pas, d’ailleurs). Et la date du départ est maintenant tout près.

De la hâte, donc. Mais aussi de l’appréhension, parce que c’est ma première expérience du genre et qu’on a beau avoir tout fait pour planifier chaque détail, rien ne peut préparer à ce que ce sera sur le terrain. Du stress, aussi. La traditionnelle remise en question d’avant-départ. L’éternelle question : « Pourquoi, donc, est-ce que je m’embarque là-dedans ? ». Mais surtout, la certitude que la réponse à cette question viendra par elle-même en cours de route.

Cette question, « Pourquoi tu veux faire la piste ? », est sans doute celle qui m’a été posée le plus fréquemment. Et j’ai chaque fois eu du mal à y répondre. Peut-être parce que je n’ai pas de réelles et tangibles raisons de partir. Peut-être parce que ça semble pour moi si naturel de le faire. Reste que je me la suis posée, la question. Et la seule réponse que j’ai pu y trouver (ceux qui ont déjà marché quelques milles dans la piste comprendront), c’est l’odeur. La piste sent bon. Elle sent vrai, elle sent pur et elle sent nature, sans arômes ajoutés. C’est une odeur qui vous enveloppe et vous donne le goût d’y revenir et de ne plus la quitter.

Je vous propose donc de me suivre chaque semaine, au fur et à mesure que j’avancerai vers le Katahdin, plus haut point du Maine et terminus de cette épique épopée. Cette chronique sera un véhicule privilégié pour vous faire vivre la piste comme si vous étiez dans mes bottines, l’odeur en moins. À plus ou moins chaque semaine, vous pourrez lire un nouveau chapitre de mes frasques appalachiennes. Et vous penserez à moi quand, bien assis dans votre divan moelleux, une tasse de café bien chaud à la main, vous lirez que j’ai perdu une botte dans un trou de bouette après avoir glissé sur une racine pendant une averse qui dure depuis 4 jours.