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Chronique d'une randonnée appalachienne

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Jour 171, Baxter State Park ME, 2179.1 mi.

Wednesday, September 1st, 2010

Ça y est, c’est fait. J’ai marché chaque pouce (le système métrique n’est toujours pas arrivé aux States…) de la piste Appalaches et je suis maintenant officiellement un thru-hiker.

Mais revenons d’abord sur ce qui s’est passé depuis mon dernier post. J’ai quitté le camp par un matin grisâtre, vraiment pas l’idéal pour te donner le goût de recommencer à marcher. Surtout que j’avais à gravir les Saddlebacks cette journée-là, une des vues les plus spectaculaires du Maine. Mais par définition, une vue doit être visible pour être spectaculaire (ou pour être simplement une vue) et cette caractéristique manquait à l’appel. La marche a donc été fraîche, brumeuse et glissante sur les roches exposées du sommet. Seule consolation : j’ai vu mes deux premiers orignaux de la piste (ils laissaient des traces depuis quelques semaines déjà).

J’arrive au lean-to vers 16h pour apprendre qu’Ichabod et Coon Cat on décidé de continuer vers le lean-to suivant pour pouvoir arrêter en ville le lendemain. Après mûre réflexion (accélérée par un passage à la « privy »), j’ai décidé de marcher le 8 milles d’extra la journée même pour les rattraper. Mes bâtons de marche auraient apparemment préféré prendre ça plus relax puisque l’un d’eux a manifesté son désaccord en restant coincé dans une racine, me faisant trébucher dessus. En me relevant, je constate que le bâton est plié à 90 degrés. Ma tentative de le déplier échoue lamentablement : le bâton est carrément coupé en deux. Je devrai donc finir la piste avec une branche en guise de support sur le côté gauche.

Le soleil est de retour le lendemain et la météo est parfaite pour gravir le 2e plus haut sommet du Maine : le mont Sugarloaf. La marche est plutôt facile, on laisse nos sacs au bas de la side-trail pour monter. Du haut de la montagne, on peut voir ce que nous avons marché dans les derniers jours au Sud (Baldpates, Saddlebacks) et ce qui nous attend au Nord (Crockers, Bigelows). Et j’oubliais, on peut aussi voir de magnifiques tours radio et un chalet au bord de la décomposition. On se lance ensuite à l’assaut des Crockers, montagnes décevantes puisqu’elles demandent un considérable effort mais n’offrent aucune vue digne de ce nom (souvenez-vous que le critère numéro un pour une bonne vue est d’être visible). On passera la nuit au rutilant Stratton Motel, qui comprend une section hostel très charmante et hiker friendly. Au menu : chips, Coke, pizza, beignes à la pourde (l’erreur de typo est délibérée) et marathon de « The Office ».

Le lendemain, c’est au tour des Bigelows d’accueillir nos pas. Une autre magnifique journée ensoleillée pour conquérir mon sommet préféré du Maine. La montée (comme toutes les autres) est plus ardue qu’à mon souvenir, mais rien n’est à notre épreuve. Chaque peak nous offre ses charmes et nous permet d’apprécier la prochaine montée. Au sommet de West Peak, je prends une photo au bout d’un escarpement rocheux pour faire freaker ma mère. Puis on arrive sur Avery Peak, d’où l’on peut admirer les montagnes entourées du Flagstaff Lake. En redescendant, on passe sans trop de célébrations la marque du 2 000 milles. Faut croire que les gros chiffres ne nous impressionnent plus autant qu’avant… Et finalement, on termine la journée avec Little Bigelow et sa vue des trois peaks que l’on vient de terminer. Étrangement, la vue est baignée d’une lumière semblable à celle d’un coucher de soleil, mais il n’est que 17h.

Les quelques journées suivantes nous offrent un peu de répit et nous montrent une autre facette du Maine. Beaucoup de plat et des lacs par dizaines. Certains d’entre eux ont même des petites plages de sable. On se croirait presque au Lac Churd. On a également droit à de la grande gastronomie Mainienne : Camp Harrison (à 0.2 mi. de Pierce Pond Lean-to) offre aux hikers le célèbre Lumberjack Breakfast. Il s’agit de, tenez-vous bien, 12 pancakes accompagnées de 3 saucisses, de jus et de lait. Pis c’est pas pour me vanter, mais c’était même pas difficile de finir l’assiette. Juste ce qu’il nous fallait pour se rendre à la Kennebec River où se trouve le non moins célèbre ferry, service de canot instauré il y a près de 25 ans après qu’un hiker se soit noyé en tentant de traverser la rivière à pied. Le ferryman est un sympathique hillbilly avec quelques dents manquantes. Puis, c’est encore plus de lacs, de ruisseaux, de rivières et de petites montagnes jusqu’à Monson.

Monson est un endroit culte pour les hikers. C’est notre dernière vraie « hiker town » de la piste. Tout le monde doit s’y arrêter puisque c’est le seul endroit où l’on peut se ravitailler avant d’entrer dans le « 100-mile wilderness », une section de 100 milles qui n’est traversée par aucune route pavée et où il est pratiquement impossible de trouver de la nourriture. Nous logeons donc au mythique Shaw’s, une auberge qui accueille les hikers depuis nombre d’années. J’y croise Blu Ray, un Québécois qui pourrait bien être le dernier Sobo à entamer la piste cet été (allez voir son blogue sur www.unelonguemarche.ca/colin). Une dernière tournée de bouffe de ville est de mise avant de se lancer dans le 100 milles sauvages

…que nous entamons le lendemain sous un ciel nuageux. Le sentier est plutôt agréable et facile, le rythme est bon et les milles défilent sous nos pieds. On s’arrête à Little Wilson Falls pour admirer ces chutes anguleuses de 60 pieds ayant sculpté la falaise d’ardoise au fil des années. La traversée de Big Wilson Stream est plutôt ardue mais réussie. Celle de Long Pond Stream semble très facile, mais ma branche de marche choisit bien mal son moment pour céder sous mon poids. Je perds donc pieds et doit finir la journée avec des bottes détrempées.

Plus que quelques montagnes avant d’entamer les 60 milles de plat nous séparant du Katahdin. Les Barren sont magnifiques et challengeantes, avec leurs falaises et éboulements rocheux. Puis c’est le Whitecap, avec sa promesse d’une vue du Katahdin. Mais il semblerait que les montagnes ne tiennent pas toujours leurs promesses puisque la vue n’est pas visible, ce qui en fait donc une non-vue. Pire, il commence à pleuvoir vers 13h, pluie qui continuera de manière plutôt convaincante jusqu’à 10h le lendemain matin. Mais bon, c’est seulement ma 2e mauvaise journée de tout le Maine et j’ai vu deux autres orignaux sur le sentier. La vie pourrait être pire.

Le reste du chemin n’est que formalité. Du plat bord en bord, avec seulement quelques bosses, juste pour dire. On se paie même le luxe de loger une nuit au White House Landing. Pour s’y rendre, on doit marcher un mille sur le bord d’un lac jusqu’à un quai où l’on doit héler un lift à l’aide d’une corne de brume. Le proprio vient nous chercher en bateau pour nous amener sur l’autre rive où l’on peut se doucher et déguster un savoureux « one-pound burger » auquel Ichabod et moi avons ajouté chacun une moitié de pizza. Pis c’est pas pour me vanter, mais c’était même pas difficile de finir l’assiette. On se permet ensuite une escapade en canot sur le lac pour profiter du coucher de soleil.

Les journées suivantes nous donnent quelques occasions d’enfin voir le Katahdin, mais chaque fois, le sommet de la montagne est pris dans les nuages. Pas grave, on aime mieux que les nuages soient là maintenant que dans 2-3 jours. Le dernier jour du 100 milles sauvages, on fait une toute petite journée de 11 milles. Coon Cat et Three Bears arrivent au lean-to vers 13h et décident de faire un aller-retour vers Abol Bridge pour acheter des hot-dogs et de la bière pour le soir, un petit détour de 7 milles. On s’est donc fait un party maison pour notre dernière soirée entre thru-hikers, puisque 3 hikers de notre groupe de 5 allaient rencontrer leur famille au Baxter State Park le lendemain.

Et quelle belle journée a-t-on eue le lendemain ! Ciel bleu, aucun nuage et première vraie vue complètement dégagée du Katahdin (c’était une vue visible, cette fois). Abol Bridge est reconnu comme ayant la vue « carte postale » par excellence de la montagne. Après un arrêt au célèbre dépanneur de Abol Bridge, on entre finalement au Baxter State Park. Le sentier suit la rivière Penobscot sur plusieurs milles, puis le Nesowadnehunk Stream. Je m’attarde longuement le long des diverses chutes et cascades pour profiter de ces derniers moments sur la piste. À mon arrivée au Katahdin Stream Campground, je dois aller m’enregistrer à la cabine du ranger. Je suis officiellement le thru-hiker #222 (j’étais le #329 à Harpers Ferry). Je rejoins ensuite Ichabod et ses parents qui nous offrent le souper et la bière.

Dernier matin, réveil à 5h45. Je range mon sleeping bag et je déjeune aux Pop Tarts pour la dernière fois. Curieusement, je ne ressens pas d’énervement ou de stress. Ce n’est qu’une autre journée au bureau. L’ascension finale commence avec 2 milles dans le bois, puis l’escalade commence pour vrai. La piste est au-dessus du treeline pour plus de la moitié du chemin et les rochers nous obligent à utiliser nos mains autant que nos pieds. Mais la journée est magnifique et la vue en vaut la peine. Les montagnes environnantes, qui semblaient si imposantes au début de la montée, paraissent bientôt miniatures par rapport au Katahdin (le nom signifie justement « la plus grande montagne »). Puis tout d’un coup, le sentier arrête de monter et on se retrouve devant un mille de terrain plat : c’est le Tableland. Le sommet est en vue, l’exaltation est à son comble et on court pratiquement pour se rendre à la fameuse pancarte.

Le sentiment d’être à la toute fin de la piste est difficile à décrire. Fierté, accomplissement, complétude et, déjà, nostalgie et mélancolie. Toutefois, je n’arrive pas à m’enlever un sourire du visage. Mes compagnons thru-hikers arrivent un après l’autre au sommet, certains fondant en larmes, d’autres criant leur triomphe. On prend plaisir à faire plusieurs séances de photos, individuellement ou en groupe, question d’être certains de bien immortaliser le moment. Mais après 3h au sommet, il faut bien redescendre un jour, de la montagne et de mon nuage. Les adieux semblent irréels, on a l’impression qu’on se reverra tous demain matin, comme d’habitude. Difficile de croire que je ne passerai plus mes journées à marcher. Le jour du départ en Géorgie semble curieusement plus près que celui de la fin au Katahdin.

J’ai rejoint mon père à Millinocket, ma dernière « trail town », où nous avons passé la nuit avant de revenir vers le Québec. On repasse en auto près de plusieurs endroits où je suis passé à pied. On a fait en 2h30 ce qui m’avais pris 2 semaines à marcher… À la frontière canadienne, le douanier est impressionné par mon voyage et en oublie presque de poser les questions d’usage.

Ça fait bizarre de se retrouver dans un environnement où tout est en français. Ça prendra quelques jours avant de réaliser que ce chapitre de ma vie est réellement terminé et que je dois maintenant revenir à une vie normale. Mais je me donne quelques semaines avant de passer à autre chose. Beaucoup de bières et de 5@7 en perspective ! Je devrai faire attention si je veux conserver ma taille de guêpe et mes mollets d’acier…

Ceci conclut donc le récit de mes aventures appalachiennes. Ce fut un plaisir d’écrire pour vous et de lire vos commentaires à chaque semaine. Je vous remercie de vous être autant intéressés à ce que j’ai vécu pendant près de 6 mois. J’espère que j’en aurai inspiré certains à sortir prendre l’air plus souvent. Je me donne quelques semaines de plus avant de revenir sur ce site faire mon bilan et vous donner une dernière occasion de perdre du temps au travail.

À bientôt,

The Crusher, redevenu Christian

Jour 156, Rangeley ME, 1959 mi.

Sunday, August 15th, 2010

Des nouvelles de la piste, en direct de CKTA ! Et vous êtes choyés, vous aurez droit à des photos ET des accents aujourd’hui.

La dernière fois que je vous ai donné des nouvelles, j’entamais tout juste les White Mountains au New Hampshire. On nous a souvent dit que la météo changeait ultra-rapidement sur les sommets. Eh bien « On » avait raison ! La première journée a été plutôt grise et bruineuse. On aurait pu avoir quelques vues au sommet de Kinsman, on n’a plutôt vu que du blanc.

Toutefois, même si la météo n’était pas de notre côté, la chance nous souriait tout de même toujours. Dans les Whites, on peut camper dans les shelters normaux comme sur toute la piste, mais on peut aussi essayer d’offrir nos services dans les « Huts » pour être logés et nourris. D’habitude, les huts ne prennent que deux thru-hikers par soir et on nous conseille d’arriver vers 16h pour avoir plus de chances d’être les premiers et arriver avant le rush du souper. Disons que le début des Whites a été un peu plus difficile que nous avions prévu, nous sommes donc arrivés vers 18h45. On s’attendait à se faire arvirer d’bord, comme qu’on dit, mais on a été tous les trois (avec Ichabod et Pemmy) chaleureusement accueillis. Tout ce qu’on a eu à faire, c’est de compter des t-shirts et autres trucs pour l’inventaire. De la grosse job de bras pendant un bon 30 minutes. Et les trois immenses morceaux de lasagne auxquels j’ai eu droit étaient, ma foi, délicieux !

Le lendemain était une journée très attendue : on allait monter Franconia Ridge, une des parties les plus belles des Whites. La météo annonçait « heavy rain » pour toute la journée… Pas le choix, on commence quand même à marcher. Le ciel est resté nuageux jusqu’au dîner (après une longue, rocheuse et difficile montée), mais surprise, ça commence à se dégager ! On s’est donc payé du soleil au-dessus du treeline pour tout l’après-midi, avec des vues exceptionnelles des monts Little Haystack, Lincoln et Lafayette. J’ai même pu parler en français à deux des nombreux Québécois qui viennent faire de la randonnée au New Hampshire (salutations à Rémi et Victor Gilbert, si ma mémoire est bonne).

On se lance ensuite à l’assaut des Présidentielles, qui offrent pratiquement deux jours de marche au-dessus du treeline, avec au milieu le célèbre Mont Washington, « Home to the worst weather in America ». Ce fut l’inverse de la veille : gros soleil tout l’avant-midi jusqu’au dîner (délicieuse soupe à l’une des huts), et ennuagement tout d’un coup en après-midi. Ce qui signifie d’autres vues exceptionnelles sur Webster et Jackson, puis que du blanc et beaucoup de vent pour Einsenhower. C’est donc humides et frissonnants que nous sommes arrivés à Lakes of the Clouds, la hut juste avant le mont Washington. Comme il n’y a pratiquement pas d’autres endroits où l’on peut dormir dans les environs, ils prennent beaucoup plus de thru-hikers pour le work for stay. Une demi-heure de vaisselle pour un repas et un toit, c’est quand même un bon deal. Surtout quand il fait 35oF dehors avec des vents de 65 mph (refroidissement éolien autour de 17oF !).

Le lendemain, c’est le mont Washington ! On nous dit que le sommet est dans les nuages 250 jours par année et, comme de fait, on est toujours dans la brume et le vent en montant. On se réfugie donc dans la bâtisse au sommet pour se réchauffer. Une demi-heure après notre arrivée, le ciel se dégage tout d’un coup, et la vue est vraiment magnifique. Les sommets des Présidentielles s’imposent au nord : Clay, Jefferson, Adams et Madison, que nous allons survoler dans l’après-midi. La marche est donc plus qu’agréable et le sentiment de se retrouver sur la cime de ces mastodontes de pierres est exceptionnel. La descente du mont Madison est toutefois plutôt éprouvante et nous tentons de nous rapprocher de Pinkham Notch pour y passer la nuit dans un campement improvisé. Des orignaux se sont payé la traite toute la nuit autour de nos tentes en mangeant des branches et de l’écorce. Tout un vacarme !

Après les Présidentielles, les Whites sont pratiquement terminées. Il ne nous reste plus qu’à traverser les monts Wildcat (oui, comme la marque de bière cheap), Carter (oui, comme la blonde de Johnny Cash) et Moriah (non, pas tout à fait comme la mine des nains de Lord of the Rings). On a toutefois perdu Pemmy en chemin. Elle a redescendu Wildcat en télésiège par qu’elle ne se sentait pas bien. On allait donc la rejoindre en ville le lendemain, à Gorham.

C’est au Top Notch Inn que nous l’avons retrouvée, toujours en piteux état. Elle avait été malade toute la nuit et se sentait toujours très faible. Elle s’est donc reposée toute la journée pendant qu’Ichabod et moi complétions notre routine de ville. On a même été rejoints par Fynious, un ancien compagnon hiker avec qui j’avais marché 2-3 semaines en Virginie. Comme Pemmy ne se sentait pas beaucoup mieux le lendemain et qu’il ne lui restait de toute façon qu’une semaine avant de quitter le sentier, elle a décidé de retourner chez elle tout de suite. Nous avons donc perdu une excellente compagnonne de marche…

But life goes on, et on retourne sur le sentier pour une dernière journée au New Hampshire. Et puis, incroyable mais vrai, c’est le Maine ! Étrange sentiment que de se retrouver au tout début du dernier état de la piste. Je me sentais chez moi, puisque je l’ai déjà presque tout marché. Il ne me manquait que les 10 premiers milles, mais quelle section ! Les Mahoosucs sont magnifiques. On marche sur les sommets rocheux en admirant les vues environnantes : ce qu’on a marché derrière et ce qu’il nous reste en avant. On traverse aussi le Mahoosuc Notch, réputé comme le mille le plus difficile (ou du moins le plus long) de toute la piste. L’endroit est curieusement frais et silencieux, comme si la vie ne se rendait pas jusqu’à cette vallée pleine de rochers immenses et de crevasses profondes. Ça nous a pris un peu plus qu’une heure pour traverser le Notch.

Une fois arrivé au Old Speck, les souvenirs du camp me reviennent à la pelletée. J’ai même croisé un des groupes tout juste après Grafton Notch. Bizarre de voir un de mes anciens pionniers devenu animateur ! Et après, c’est la course vers le camp. Je veux faire des plus grosses journées pour ne pas avoir trop de milles à rattraper après ma journée de congé à CKTA. Je me suis donc tapé un 20 milles de montées et descentes très à pic, puis un 18 milles avant 14h le lendemain pour attraper mon lift vers le camp. Pour les initiés, ça veut dire que j’ai fait la piste junior en 3 jours !

Mais le marathon en valait la peine : je suis arrivé au camp à la cantine, comme il se doit. Le bain de foule est un peu accaparant au départ. Tout le monde a des dizaines de questions à poser en même temps et ça me prend 30 minutes pour finalement me rendre à ma chambre et prendre une douche. Ça fait toutefois du bien d’être ici, à l’endroit que je préfère le plus au monde.

Mais il faut bien repartir un jour, si je veux finir ! Je quitterai donc vers la piste demain matin pour un dernier 2-3 semaines vers le Katahdin. Ichabod et moi prévoyons terminer le 30 ou 31 août. Ça s’en vient tellement vite ! Je ne sais pas si j’aurai le temps de vous réécrire avant mon retour au Québec. Je vous redonnerai donc des nouvelles soit de Monson (juste avant les 100 milles sauvages) ou de Deauville, confortablement assis dans le salon chez mes parents.

À bientôt,

The Crusher

P.S. : Salutations à Spaz (www.unelonguemarche.ca), qui a terminé son aventure en Floride dernièrement pour cause de maladie de Lyme et d’épuisement général. Ça se comprend, après 13 mois dans le bois ! Bon retour chez toi, cher Spaz.

Jour 142, Lincoln NH, 1789 mi

Monday, August 2nd, 2010

Fini le Vermont ! Je suis maintenant au pied des Whites Mountains au New Hampshire. Le temps passe à un rythme fou, il me reste à peine un mois à passer en piste…

Le Vermont nous a encore une fois offert de très belles vues. En sortant de Manchester Center, on monte le Mont Bromley, qui est aussi une montagne de ski. On se permet même d’emprunter une des pistes pour arriver au sommet. Le temps était plutôt maussade, mais ça donne une autre couleur aux montagnes. Ça fait changement des magnifiques verts et étincelants ciels bleus. On passe également près du sommet d’une montagne où les hikers semblent empiler des roches depuis plusieurs années. Ça donne un paysage surréaliste de mini-statues. On dirait un village de gnômes, ou de quoi du genre. J’y ai ajoute ma touche personnelle avec les roches du bord. Puis le ciel se dégage juste à temps pour nous offrir une magnifique vue sur les falaises… et pour se couvrir à nouveau et nous tomber dessus.

Le lendemain, on monte Killington, notre plus haut sommet du Vermont. La température semble encore incertaine, mais les nuages paraissent tenir le coup. La montée est longue et racineuse, et on se retrouve au sommet en plein cœur d’un nuage. Froid et sans vue, donc, mais le vent souffle fort et tasse parfois un ou deux nuages pour nous permettre de voir les pistes de ski un peu plus bas. Et T-Rex n’a pas peur du vent, il s’est donc sorti la tête pour vous saluer. La journée se termine au Inn at the Long Trail, une auberge magnifique avec beaucoup de cachet. On y trouve un authentique pub irlandais qui vous sert une vraie Guinness de la vraie façon, à la bonne température : ça prend 15 minutes, mais au moins ils dessinent un trèfle dans la mousse !

La piste finit enfin par se séparer de la Long Trail. On verra donc un peu moins de monde d’ici aux Whites Mountains pactées de touristes. La fin du Vermont est peuplée de quelques sommets intéressants, mais sans grandes possibilités de vues. Il faut donc grimper sur une plate-forme installée sur le toit d’une vieille cabine (avec une échelle plutôt douteuse) pour profiter des montagnes environnantes. Quelques champs plus loin, on arrive à West Hartford où j’ai mangé le meilleur sandwich de toute ma vie (à part ceux de Galop), pis en plus, y était en spécial !

Et on se dirige vers le New Hampshire ! La frontière entre les deux états se trouve sur un pont enjambant la Connecticut River. J’y prends ma traditionnelle photo « Je fais de l’attitude à l’état précédent » avant de me diriger vers Hanover, la ville collégienne par excellence. On y trouve le Collège Dartmouth, qui fait partie de la célèbre Ivy League américaine. On se sent un peu étrangers, habillés avec notre linge (et notre odeur) de hikers… Les parents de Ichabod nous y rejoignent et on passe une relaxante soirée dans une chambre d’hôtel immense (comparée à ma tente).

Le lendemain, j’attends mon père et mes frères sur un banc de parc en mangeant une Ben & Jerry’s. Je vois trois hommes arriver, arborant des fausses barbes bien fournies : c’était Daniel, Simon et Pépère qui tentaient de se mêler à la foule de hikers. On a donc commencé notre 4 jours de marche familiale le jeudi après-midi. Un petit 10 milles, ça devrait pas être trop dur ! On est arrivés au shelter vers 19h30 après plusieurs pauses pour que les gars reprennent leur souffle. Quant à moi, mon chandail était à peine humide de sueur, même s’il faisait environ 27oC. C’est ben pour dire.

On repart le lendemain matin, les jambes rackées mais l’esprit léger. Encore quelques bonnes montées, avec de belles vues. On se permet même une longue pause à la maison du Ice Cream Man, un habitant du coin qui offre des fudgesicle et de l’eau gratuitement aux hikers qui le visitent. Mais surtout, il nous fait jouer au croquet ! Victoire du paternel, suivi de près par Simon et moi. Ça fait du bien de penser à autre chose que la piste pendant une heure. On remonte ensuite vers le sommet de Smarts Mtn où nous passerons la nuit dans une cabine pour hikers. On y trouve aussi une firetower qui offre une vue panoramique des environs, belle récompense après une bonne journée de marche. Les gars sont trop fatigués pour se lever et regarder le lever de soleil, par contre.

Et une autre belle journée ensoleillée le lendemain ! Et encore de magnifiques vues, du sommet de Mt Cube, cette fois. On passe une dernière nuit en famille avant de redescendre vers la route qui ramènera Daniel, Simon et Pépère à leur voiture. Ce fut un très agréable interlude dans ma routine de hiker. Quelques journées plus relax (pour moi !) et de bonnes discussions en français. Les gars ne se sont pas trop plaints… Et on a mangé comme des rois, laissant quelques restants, au grand plaisir des autres hikers. Je soupçonne certains d’avoir ralenti leur rythme pour profiter des brownies, carrés au sucre et biscuits que nous avaient cuisinés ma mère et ma grand-mère. En plus, Baltimore Jack, un légendaire hiker qui a fait la piste 8 fois, était au hostel où nous nous sommes séparés et nous a cuisiné des burgers et des hot-dogs. J’ai donc pu manger mes émotions et mettre un baume sur l’incommensurable douleur de la séparation.

Mais il faut bien reprendre le sentier un jour. Et quel sentier ! On commence immédiatement les Whites en grimpant le très à pic Mt Moosilauke, un sommet de près de 5 000 pieds. Il s’agit également de notre première montagne au-dessus du treeline, ce qui signifie des vues panoramiques sur plusieurs milles. La vue était en effet phénoménale. On se sent vraiment haut, au-dessus de tout, excepté de Franconia Ridge qui domine le paysage au nord et que nous aurons à gravir dans quelques jours. Ça promet pour la semaine qui s’en vient !

Côté compagnons de marche, je suis toujours avec Ichabod depuis bientôt un mois. Nous avons également ajouté à notre groupe Pemmy, une hikeuse qui avait commencé la piste en 2008, mais qui avait dû abandonner à cause d’une blessure à la cheville. Elle tente donc de la compléter en quelques sections et elle devrait être avec nous jusqu’à la moitié du Maine environ. Et pour répondre à la question de Jojo, les filles hikers n’ont pas vraiment de signe distinctif comme la barbe masculine. Eh oui, la plupart se rase toujours les jambes et tsour de bras, même en piste. J’imagine qu’on les reconnaît donc à l’odeur…

Voilà pour cette semaine ! Je vous réécrirai bientôt, probablement du Maine, en direct de CKTA où je passerai une journée de congé d’ici deux semaines. Préparez-vous à des vues époustouflantes des Monts Lafayette et Washington ! Et félicitations à Simon pour avoir gagné mes bas, même s’il a dû user de ruse pour y parvenir.

Veuillez agréer, chers lecteurs, l’expression de mes sentiments les plus distingués,

The Crusher

P.S. : Spaz est rendu en Floride ! Allez voir son blogue.