5 millions de pas

|

Chronique d'une randonnée appalachienne

Posts Tagged ‘new hampshire’

Jour 156, Rangeley ME, 1959 mi.

Sunday, August 15th, 2010

Des nouvelles de la piste, en direct de CKTA ! Et vous êtes choyés, vous aurez droit à des photos ET des accents aujourd’hui.

La dernière fois que je vous ai donné des nouvelles, j’entamais tout juste les White Mountains au New Hampshire. On nous a souvent dit que la météo changeait ultra-rapidement sur les sommets. Eh bien « On » avait raison ! La première journée a été plutôt grise et bruineuse. On aurait pu avoir quelques vues au sommet de Kinsman, on n’a plutôt vu que du blanc.

Toutefois, même si la météo n’était pas de notre côté, la chance nous souriait tout de même toujours. Dans les Whites, on peut camper dans les shelters normaux comme sur toute la piste, mais on peut aussi essayer d’offrir nos services dans les « Huts » pour être logés et nourris. D’habitude, les huts ne prennent que deux thru-hikers par soir et on nous conseille d’arriver vers 16h pour avoir plus de chances d’être les premiers et arriver avant le rush du souper. Disons que le début des Whites a été un peu plus difficile que nous avions prévu, nous sommes donc arrivés vers 18h45. On s’attendait à se faire arvirer d’bord, comme qu’on dit, mais on a été tous les trois (avec Ichabod et Pemmy) chaleureusement accueillis. Tout ce qu’on a eu à faire, c’est de compter des t-shirts et autres trucs pour l’inventaire. De la grosse job de bras pendant un bon 30 minutes. Et les trois immenses morceaux de lasagne auxquels j’ai eu droit étaient, ma foi, délicieux !

Le lendemain était une journée très attendue : on allait monter Franconia Ridge, une des parties les plus belles des Whites. La météo annonçait « heavy rain » pour toute la journée… Pas le choix, on commence quand même à marcher. Le ciel est resté nuageux jusqu’au dîner (après une longue, rocheuse et difficile montée), mais surprise, ça commence à se dégager ! On s’est donc payé du soleil au-dessus du treeline pour tout l’après-midi, avec des vues exceptionnelles des monts Little Haystack, Lincoln et Lafayette. J’ai même pu parler en français à deux des nombreux Québécois qui viennent faire de la randonnée au New Hampshire (salutations à Rémi et Victor Gilbert, si ma mémoire est bonne).

On se lance ensuite à l’assaut des Présidentielles, qui offrent pratiquement deux jours de marche au-dessus du treeline, avec au milieu le célèbre Mont Washington, « Home to the worst weather in America ». Ce fut l’inverse de la veille : gros soleil tout l’avant-midi jusqu’au dîner (délicieuse soupe à l’une des huts), et ennuagement tout d’un coup en après-midi. Ce qui signifie d’autres vues exceptionnelles sur Webster et Jackson, puis que du blanc et beaucoup de vent pour Einsenhower. C’est donc humides et frissonnants que nous sommes arrivés à Lakes of the Clouds, la hut juste avant le mont Washington. Comme il n’y a pratiquement pas d’autres endroits où l’on peut dormir dans les environs, ils prennent beaucoup plus de thru-hikers pour le work for stay. Une demi-heure de vaisselle pour un repas et un toit, c’est quand même un bon deal. Surtout quand il fait 35oF dehors avec des vents de 65 mph (refroidissement éolien autour de 17oF !).

Le lendemain, c’est le mont Washington ! On nous dit que le sommet est dans les nuages 250 jours par année et, comme de fait, on est toujours dans la brume et le vent en montant. On se réfugie donc dans la bâtisse au sommet pour se réchauffer. Une demi-heure après notre arrivée, le ciel se dégage tout d’un coup, et la vue est vraiment magnifique. Les sommets des Présidentielles s’imposent au nord : Clay, Jefferson, Adams et Madison, que nous allons survoler dans l’après-midi. La marche est donc plus qu’agréable et le sentiment de se retrouver sur la cime de ces mastodontes de pierres est exceptionnel. La descente du mont Madison est toutefois plutôt éprouvante et nous tentons de nous rapprocher de Pinkham Notch pour y passer la nuit dans un campement improvisé. Des orignaux se sont payé la traite toute la nuit autour de nos tentes en mangeant des branches et de l’écorce. Tout un vacarme !

Après les Présidentielles, les Whites sont pratiquement terminées. Il ne nous reste plus qu’à traverser les monts Wildcat (oui, comme la marque de bière cheap), Carter (oui, comme la blonde de Johnny Cash) et Moriah (non, pas tout à fait comme la mine des nains de Lord of the Rings). On a toutefois perdu Pemmy en chemin. Elle a redescendu Wildcat en télésiège par qu’elle ne se sentait pas bien. On allait donc la rejoindre en ville le lendemain, à Gorham.

C’est au Top Notch Inn que nous l’avons retrouvée, toujours en piteux état. Elle avait été malade toute la nuit et se sentait toujours très faible. Elle s’est donc reposée toute la journée pendant qu’Ichabod et moi complétions notre routine de ville. On a même été rejoints par Fynious, un ancien compagnon hiker avec qui j’avais marché 2-3 semaines en Virginie. Comme Pemmy ne se sentait pas beaucoup mieux le lendemain et qu’il ne lui restait de toute façon qu’une semaine avant de quitter le sentier, elle a décidé de retourner chez elle tout de suite. Nous avons donc perdu une excellente compagnonne de marche…

But life goes on, et on retourne sur le sentier pour une dernière journée au New Hampshire. Et puis, incroyable mais vrai, c’est le Maine ! Étrange sentiment que de se retrouver au tout début du dernier état de la piste. Je me sentais chez moi, puisque je l’ai déjà presque tout marché. Il ne me manquait que les 10 premiers milles, mais quelle section ! Les Mahoosucs sont magnifiques. On marche sur les sommets rocheux en admirant les vues environnantes : ce qu’on a marché derrière et ce qu’il nous reste en avant. On traverse aussi le Mahoosuc Notch, réputé comme le mille le plus difficile (ou du moins le plus long) de toute la piste. L’endroit est curieusement frais et silencieux, comme si la vie ne se rendait pas jusqu’à cette vallée pleine de rochers immenses et de crevasses profondes. Ça nous a pris un peu plus qu’une heure pour traverser le Notch.

Une fois arrivé au Old Speck, les souvenirs du camp me reviennent à la pelletée. J’ai même croisé un des groupes tout juste après Grafton Notch. Bizarre de voir un de mes anciens pionniers devenu animateur ! Et après, c’est la course vers le camp. Je veux faire des plus grosses journées pour ne pas avoir trop de milles à rattraper après ma journée de congé à CKTA. Je me suis donc tapé un 20 milles de montées et descentes très à pic, puis un 18 milles avant 14h le lendemain pour attraper mon lift vers le camp. Pour les initiés, ça veut dire que j’ai fait la piste junior en 3 jours !

Mais le marathon en valait la peine : je suis arrivé au camp à la cantine, comme il se doit. Le bain de foule est un peu accaparant au départ. Tout le monde a des dizaines de questions à poser en même temps et ça me prend 30 minutes pour finalement me rendre à ma chambre et prendre une douche. Ça fait toutefois du bien d’être ici, à l’endroit que je préfère le plus au monde.

Mais il faut bien repartir un jour, si je veux finir ! Je quitterai donc vers la piste demain matin pour un dernier 2-3 semaines vers le Katahdin. Ichabod et moi prévoyons terminer le 30 ou 31 août. Ça s’en vient tellement vite ! Je ne sais pas si j’aurai le temps de vous réécrire avant mon retour au Québec. Je vous redonnerai donc des nouvelles soit de Monson (juste avant les 100 milles sauvages) ou de Deauville, confortablement assis dans le salon chez mes parents.

À bientôt,

The Crusher

P.S. : Salutations à Spaz (www.unelonguemarche.ca), qui a terminé son aventure en Floride dernièrement pour cause de maladie de Lyme et d’épuisement général. Ça se comprend, après 13 mois dans le bois ! Bon retour chez toi, cher Spaz.

Jour 142, Lincoln NH, 1789 mi

Monday, August 2nd, 2010

Fini le Vermont ! Je suis maintenant au pied des Whites Mountains au New Hampshire. Le temps passe à un rythme fou, il me reste à peine un mois à passer en piste…

Le Vermont nous a encore une fois offert de très belles vues. En sortant de Manchester Center, on monte le Mont Bromley, qui est aussi une montagne de ski. On se permet même d’emprunter une des pistes pour arriver au sommet. Le temps était plutôt maussade, mais ça donne une autre couleur aux montagnes. Ça fait changement des magnifiques verts et étincelants ciels bleus. On passe également près du sommet d’une montagne où les hikers semblent empiler des roches depuis plusieurs années. Ça donne un paysage surréaliste de mini-statues. On dirait un village de gnômes, ou de quoi du genre. J’y ai ajoute ma touche personnelle avec les roches du bord. Puis le ciel se dégage juste à temps pour nous offrir une magnifique vue sur les falaises… et pour se couvrir à nouveau et nous tomber dessus.

Le lendemain, on monte Killington, notre plus haut sommet du Vermont. La température semble encore incertaine, mais les nuages paraissent tenir le coup. La montée est longue et racineuse, et on se retrouve au sommet en plein cœur d’un nuage. Froid et sans vue, donc, mais le vent souffle fort et tasse parfois un ou deux nuages pour nous permettre de voir les pistes de ski un peu plus bas. Et T-Rex n’a pas peur du vent, il s’est donc sorti la tête pour vous saluer. La journée se termine au Inn at the Long Trail, une auberge magnifique avec beaucoup de cachet. On y trouve un authentique pub irlandais qui vous sert une vraie Guinness de la vraie façon, à la bonne température : ça prend 15 minutes, mais au moins ils dessinent un trèfle dans la mousse !

La piste finit enfin par se séparer de la Long Trail. On verra donc un peu moins de monde d’ici aux Whites Mountains pactées de touristes. La fin du Vermont est peuplée de quelques sommets intéressants, mais sans grandes possibilités de vues. Il faut donc grimper sur une plate-forme installée sur le toit d’une vieille cabine (avec une échelle plutôt douteuse) pour profiter des montagnes environnantes. Quelques champs plus loin, on arrive à West Hartford où j’ai mangé le meilleur sandwich de toute ma vie (à part ceux de Galop), pis en plus, y était en spécial !

Et on se dirige vers le New Hampshire ! La frontière entre les deux états se trouve sur un pont enjambant la Connecticut River. J’y prends ma traditionnelle photo « Je fais de l’attitude à l’état précédent » avant de me diriger vers Hanover, la ville collégienne par excellence. On y trouve le Collège Dartmouth, qui fait partie de la célèbre Ivy League américaine. On se sent un peu étrangers, habillés avec notre linge (et notre odeur) de hikers… Les parents de Ichabod nous y rejoignent et on passe une relaxante soirée dans une chambre d’hôtel immense (comparée à ma tente).

Le lendemain, j’attends mon père et mes frères sur un banc de parc en mangeant une Ben & Jerry’s. Je vois trois hommes arriver, arborant des fausses barbes bien fournies : c’était Daniel, Simon et Pépère qui tentaient de se mêler à la foule de hikers. On a donc commencé notre 4 jours de marche familiale le jeudi après-midi. Un petit 10 milles, ça devrait pas être trop dur ! On est arrivés au shelter vers 19h30 après plusieurs pauses pour que les gars reprennent leur souffle. Quant à moi, mon chandail était à peine humide de sueur, même s’il faisait environ 27oC. C’est ben pour dire.

On repart le lendemain matin, les jambes rackées mais l’esprit léger. Encore quelques bonnes montées, avec de belles vues. On se permet même une longue pause à la maison du Ice Cream Man, un habitant du coin qui offre des fudgesicle et de l’eau gratuitement aux hikers qui le visitent. Mais surtout, il nous fait jouer au croquet ! Victoire du paternel, suivi de près par Simon et moi. Ça fait du bien de penser à autre chose que la piste pendant une heure. On remonte ensuite vers le sommet de Smarts Mtn où nous passerons la nuit dans une cabine pour hikers. On y trouve aussi une firetower qui offre une vue panoramique des environs, belle récompense après une bonne journée de marche. Les gars sont trop fatigués pour se lever et regarder le lever de soleil, par contre.

Et une autre belle journée ensoleillée le lendemain ! Et encore de magnifiques vues, du sommet de Mt Cube, cette fois. On passe une dernière nuit en famille avant de redescendre vers la route qui ramènera Daniel, Simon et Pépère à leur voiture. Ce fut un très agréable interlude dans ma routine de hiker. Quelques journées plus relax (pour moi !) et de bonnes discussions en français. Les gars ne se sont pas trop plaints… Et on a mangé comme des rois, laissant quelques restants, au grand plaisir des autres hikers. Je soupçonne certains d’avoir ralenti leur rythme pour profiter des brownies, carrés au sucre et biscuits que nous avaient cuisinés ma mère et ma grand-mère. En plus, Baltimore Jack, un légendaire hiker qui a fait la piste 8 fois, était au hostel où nous nous sommes séparés et nous a cuisiné des burgers et des hot-dogs. J’ai donc pu manger mes émotions et mettre un baume sur l’incommensurable douleur de la séparation.

Mais il faut bien reprendre le sentier un jour. Et quel sentier ! On commence immédiatement les Whites en grimpant le très à pic Mt Moosilauke, un sommet de près de 5 000 pieds. Il s’agit également de notre première montagne au-dessus du treeline, ce qui signifie des vues panoramiques sur plusieurs milles. La vue était en effet phénoménale. On se sent vraiment haut, au-dessus de tout, excepté de Franconia Ridge qui domine le paysage au nord et que nous aurons à gravir dans quelques jours. Ça promet pour la semaine qui s’en vient !

Côté compagnons de marche, je suis toujours avec Ichabod depuis bientôt un mois. Nous avons également ajouté à notre groupe Pemmy, une hikeuse qui avait commencé la piste en 2008, mais qui avait dû abandonner à cause d’une blessure à la cheville. Elle tente donc de la compléter en quelques sections et elle devrait être avec nous jusqu’à la moitié du Maine environ. Et pour répondre à la question de Jojo, les filles hikers n’ont pas vraiment de signe distinctif comme la barbe masculine. Eh oui, la plupart se rase toujours les jambes et tsour de bras, même en piste. J’imagine qu’on les reconnaît donc à l’odeur…

Voilà pour cette semaine ! Je vous réécrirai bientôt, probablement du Maine, en direct de CKTA où je passerai une journée de congé d’ici deux semaines. Préparez-vous à des vues époustouflantes des Monts Lafayette et Washington ! Et félicitations à Simon pour avoir gagné mes bas, même s’il a dû user de ruse pour y parvenir.

Veuillez agréer, chers lecteurs, l’expression de mes sentiments les plus distingués,

The Crusher

P.S. : Spaz est rendu en Floride ! Allez voir son blogue.